A l’ULB, l’émotion était vive mercredi après les événements de la veille au soir où un petit groupe de militants islamistes a réussi à empêcher la tenue d’un débat sur l’extrême droite avec la participation de Hervé Hasquin mais aussi de la politologue française Caroline Fourest, spécialiste de la question dans l’Hexagone et particulièrement attentive aux dernières évolutions du FN avant les élections présidentielles. C’est elle plutôt que le secrétaire perpétuel de l’Académie et ancien recteur de l’ULB qui était dans le viseur de Souhail Chichah, assistant et chercheur en économie dans l’Alma Mater bruxelloise. Pour ce dernier et ses amis, Caroline Fourest serait "islamophobe". C’est ce qui avait amené quelque 60 personnes, vêtues de keffiehs et de burqas, autour de l’économiste pour lancer des slogans tels que "Burqa Bla-bla" afin d’empêcher la bonne tenue du débat, voire même qu’il puisse avoir lieu.

Le modérateur de la soirée, Guy Haarscher, a eu beau demander le calme à plusieurs reprises, rappelant notamment à son "collègue" de l’ULB qu’il portait "fondamentalement atteinte aux valeurs de l’ULB", ce que fit ensuite aussi l’ancien recteur Hervé Hasquin. Mais rien n’y fit. Conséquence : après s’être concertés avec le recteur Didier Viviers, M. Haarscher a mis fin à la soirée.

Mercredi, la question a préoccupé au plus haut point le rectorat de l’ULB qui a finalement fait connaître son point de vue en fin d’après-midi. Se disant "consterné et scandalisé par cette atteinte grave à la liberté d’expression dans une université pour qui le débat et le respect de l’autre sont des valeurs fondamentales", le recteur de l’ULB a décidé, "dans le strict respect de la procédure prévue par les règlements de l’université, de mettre en œuvre une instruction disciplinaire qui pourra amener Souhail Chichah devant la commission de discipline, seule compétente pour prononcer des sanctions disciplinaires majeures".

Souhail Chichah avait annoncé son intention d’organiser une manifestation dans le cadre de cette conférence en lançant un appel à une "Burqa Pride" sur les réseaux sociaux en fin de semaine dernière. Cet appel avait déjà amené l’ULB à renforcer son service d’ordre, non sans avoir rappelé au préalable à l’assistant ses responsabilités en cas d’entrave à la liberté d’expression.

Rien n’y fit et l’on peut dire que M. Chichah persiste et signe. Interpellé par la RTBF, le chercheur belgo-marocain a expliqué que "dans les universités et dans les parlements, et plus particulièrement à l’Université libre de Bruxelles, il y avait une longue tradition de chahut parce que l’assemblée était libre de rappeler à un orateur qu’il transgressait et violait les valeurs de ladite assemblée". A propos de Caroline Fourest, l’assistant de l’ULB n’a pas été plus tendre, estimant qu’elle diffusait en fait les messages de toutes les extrêmes droites !

Il refuse aussi toute accusation d’antisémitisme et a mis au défi Hervé Hasquin d’étayer les accusations d’antisémitisme faites à son égard !

Si Souhail Chichah n’a pas eu de soutiens, il a par contre été attaqué par les milieux estudiantins. Dans un communiqué commun, le Librex, l’Association des cercles étudiants et l’Union des anciens étudiants disent "regretter qu’il soit impossible d’aborder certains sujets ou d’inviter certaines personnes dans la Maison du Libre Examen. Ne serions-nous pas capables d’accueillir dignement un intervenant sans voir un débat saboté de la sorte ? Au nom de tous ceux que nous représentons dans nos associations réciproques ou qui se reconnaissent dans les règles de la discussion libre, nous souhaitons ardemment revoir Mme Fourest en notre université et exi geons des autorités qu’elles prennent les mesures qui, naturellement, s’imposent. Tergiverser envers des méthodes fascistes, c’est déjà se soumettre et périr ! Jamais nous n’abdiquerons le droit de pensée et de parole libre face aux slogans et à la violence ! Echanger et répliquer : oui ! Subir et être terrorisé : jamais ! La dignité est à ce prix !"

Un soutien qu’appréciera Caroline Fourest qui, sous le coup de l’émotion, avait déclaré qu’elle ne remettrait plus les pieds à l’ULB.

Lire aussi l’opinion de Marc Uyttendaele en page 55