En marge du conseil d'administration de la RTBF, vendredi, nous avons rencontré le président du Mouvement Réformateur (MR), Didier Reynders.

Quarante-huit heures après le "coup" de la RTBF, et les réactions virulentes de leaders politiques (vous-même, Guy Verhofstadt, Elio Di Rupo, etc.) contre le docu-fiction, quel est votre état d'esprit ?

La RTBF nous dit qu'elle a lancé un débat de fond sur l'avenir de la Belgique. Le débat qu'elle a lancé, c'est celui de la déontologie et de la crédibilité de ses journalistes et de l'information. Comment peut-on, dans un pays comme le nôtre, diffuser une fausse information à travers tous les codes de référence du Journal télévisé d'une chaîne publique ? Il est là le débat.

A travers son docu-fiction et le débat, la RTBF a mis sur la place publique des questions importantes sur l'éventualité d'une scission du pays, non ?

C'est ce que les responsables de la RTBF tentent de nous faire croire depuis 48 heures. Mais vous pensez que la population ignorait l'existence des débats institutionnels et communautaires en Belgique ? Etait-il nécessaire de balancer au grand public une fausse information pour attiser ces débats ? C'est un procédé tout à fait injurieux. Je suis, comme beaucoup d'autres, assez abasourdi qu'on utilise des moyens publics conséquents octroyés à la RTBF, pour fabriquer une fausse information. C'est irresponsable. Une faute lourde a été commise.

Par qui, précisément ?

Il faut le déterminer. J'entends l'administrateur général de la RTBF, Monsieur Philippot, dire qu'il assume tout. Les parlementaires MR ont demandé que lui et la ministre de tutelle, Fadila Laanan, soient convoqués pour expliquer leur faute. J'attends que l'audition ait lieu (NdlR : jeudi prochain), mais je ne comprendrais pas qu'on passe l'éponge.

Des têtes doivent tomber ?

Des sanctions fortes doivent être prises à l'égard de la RTBF. Je ne comprendrais pas que rien ne se passe au regard des réactions politiques fortes, tous partis confondus, dont celle de la ministre de l'Audiovisuel Fadila Laanan. Alors, soit des choses bougent, soit le gouvernement de la Communauté française couvre la RTBF. Mais si tel est le cas, cela signifie qu'on peut désormais tout faire et que le discours politique n'a plus le moindre contenu.

La RTBF plaide l'utilité d'un électrochoc au sein de la population pour la sensibiliser à l'avenir de la Belgique. N'est-ce pas salutaire ?

La RTBF, en fait, est parvenue a réveillé deux extrêmes : ceux qui, paniqués, sont sortis dans la rue avec un drapeau belge et l'extrême droit flamande, très satisfaite de l'émission. A ce propos, j'essaie encore de comprendre comment la RTBF est parvenue à faire jouer Filip Dewinter dans sa fiction. Je pensais qu'elle refusait de nouer des contacts directs, et c'est le cas ici, avec tout leader d'extrême droite. C'est inacceptable.

Ce qui vous gêne, c'est d'avoir été écarté du débat de la RTBF, mercredi soir ?

On ne m'a pas invité... Et je vois que depuis mercredi soir, la RTBF confisque l'antenne pour se justifier à longueur de journaux en minimisant les réactions du monde politique, dont celles du Premier ministre et du président du PS. Dans le Journal parlé de 7 heures, jeudi, pas une mention de la réaction du MR. On n'existe pas ! Le soir même, au JT, quelques réactions politiques ont été relayées vers 19h55 après un long plaidoyer de Monsieur Philippot. TF1, elle, ouvrait son "20 heures" sur les réactions politiques. Cela revient, de la part de la RTBF, à prendre les responsables politiques pour des moins que rien incapables d'expliquer aux gens la portée des débats en cours.

© La Libre Belgique 2006