Au dépôt des trams de la Stib d’Ixelles, on a sorti les braseros, la baguette et les merguez. Echarpes rouges, casquettes, vestes de manif, les chauffeurs du dépôt de Delta sont descendus bloquer celui de leurs collègues des trams avec tout l’équipement nécessaire pour un piquet de grève.

L’ambiance est bon enfant entre les "anciens" et les "jeunes". Ceux pour qui la retraite approche, et les autres pour qui la date est encore largement incertaine. Mais derrière les rires et la bonne humeur se cache en réalité une réelle inquiétude pour l’avenir.

Parmi eux, il y a Olivier Ivens, 40 ans, vingt ans de carrière comme chauffeur dont six à la Société de transports publics bruxellois. Aujourd’hui comme la plupart de ses collègues, il a suivi le mot d’ordre de grève lancé par les centrales syndicales. Pourquoi ? "Pour le droit à la pension surtout !" dit-il d’emblée. "On nous presse déjà comme des citrons, on ne peut pas presser encore les travailleurs davantage."

Chauffeur à la Stib, c’est loin d’être une sinécure. "Il y a le travail par roulement. Les horaires qui changent tout le temps. C’est difficile à concilier avec une vie de famille", explique Olivier Ivens. Parfois c’est commencer tôt le matin. Parfois c’est finir tard le soir. Parfois c’est faire un service coupé, et souvent, travailler les samedis et les dimanches.

"On est des travailleurs flexibles. Et à cela, il faut ajouter le stress de la circulation et l’agressivité de certains voyageurs", poursuit Olivier Ivens. Ainsi, à partir de mercredi, le ticket de un voyage vendu à bord du véhicule passera à 2,5 euros. "Sur qui vont râler les gens ? Sur nous, bien entendu, alors que ce ne sont pas les chauffeurs qui décident des prix. Moi-même, je trouve que 2,5 euros pour un voyage, c’est un prix scandaleux."

Olivier Ivens raconte ainsi que de nombreux collègues ne cherchent plus à contrôler le titre de transport dans les petits bus où les passagers ont l’obligation de monter à l’avant. "Dans un cas sur deux, ça finit en bagarre. Moi pour 1 300 euros par mois, je n’ai pas envie de me battre avec les gens", dit-il. Et s’il avoue tout de même apprécier son métier, ce n’est pas pour autant qu’il se voit au volant d’un bus jusqu’à 70 ans. "Même après 60 ans, essayez de mettre quelqu’un au volant d’un bus 71, avec la circulation, les heures de pointe et les gens qui crient Ça ne va pas !"

L’âge de la retraite il y tient, tout comme l’indexation des salaires et les droits acquis par ses prédécesseurs. "Mais malheureusement, je sais qu’ils vont finir par réformer tout ça. Ils vont nous imposer de travailler plus longtemps. On le sait. Et on n’est pas d’accord."