Jean Quatremer, le correspondant du quotidien Libération dans la capitale belge, a dressé un portrait peu flatteur de notre pays suite aux attentats de Bruxelles. 

Dans un papier intitulé "La Belgique près de défaillir?", il évoque un pays qui "s'effondre sous les yeux de sa population".  Pour lui, les attaques meurtrières de l'aéroport de Zaventem et de Maelbeek ont révélé la "déliquescence de l'Etat, miné par les luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone". Un Etat qui a laissé se développer, à Bruxelles, "mais aussi à Anvers ou à Vilvoorde, en Flandre, des nids de radicalisme islamiste, soit pour acheter une illusoire paix communautaire, soit par clientélisme et calcul politiques".

Quatremer passe alors en revue toutes les décisions prises par les autorités belges depuis les attentats de Paris, le 13 novembre dernier. Il commence par évoquer le fameux "lockdown" de fin novembre (où les métros avaient été mis à l'arrêt, les commerces et centres culturels fermés, les habitants invités à rester chez eux...). Pour lui, la mesure "a mis en évidence la déraison d'Etat belge" et "a coûté 0,1 % de son PIB au royaume".

Le journaliste français revient ensuite sur l'arrestation de Salah Abdeslam, "arrêté vivant à 500m de son domicile familial après 4 mois de traque" et dont "la planque était connue depuis longtemps par le chef de la police de Malines". Suite à cela, "la gabegie s’est amplifiée" et Quatremer cite en exemple des décisions "sidérantes" qui ont nui à l'économie du pays. "Un mois après les attentats, sans que l’on sache exactement pourquoi, l’aéroport de Bruxelles, poumon du pays, n’est que partiellement opérationnel, alors que seul le hall d’accueil a été touché, les autorités conseillant même de venir la veille de son vol pour s’enregistrer. [...] Le métro est resté très perturbé jusqu’à lundi par 'mesure de sécurité', ce qui a poussé les gens à s’agglutiner pour entrer ou à s’entasser dans les tramways et les bus, qui sont pourtant autant de cibles potentielles."

Sans parler "des policiers de l’aéroport qui ont réussi à se mettre en grève une semaine après les attentats, suivis par les transporteurs routiers puis les contrôleurs aériens…"

Démission de la "très incompétente ministre des Transports, Jacqueline Galant"

Jean Quatremer n'hésite pas à lâcher des noms dans son réquisitoire. Il évoque ainsi la démission de "la très incompétente ministre des Transports, Jacqueline Galant", qui a omis de prendre en considération des avertissements de la Commission européenne quant à la sécurité à Brussels Airport.

Il est aussi question de Jan Jambon, qui, selon Quatremer, "a rappelé au monde entier qu’il avait des racines d’extrême droite mal digérées". Les propos polémiques du ministre de l'Intérieur N-VA (sur - dixit - des Juifs "cachés" et sur une grande majorité de musulmans qui auraient dansé après les attentats) "mettent à mal les tentatives de renouer les liens entre les communautés". Et le journaliste de Libération d'ajouter: "Jamais le fossé n’est apparu aussi grand entre le nord et le sud du pays, entre les communautés confessionnelles, entre les Belges de 'souche' et ceux issus de l’immigration".

"Les terroristes peuvent se frotter les mains"

Après avoir encore cité en exemple l'état des tunnels bruxellois et les problèmes liés aux centrales nucléaires (Quatremer évoque un "Tchernobyl-sur-Meuse" et ironise par rapport aux pilules d'iode, "la seule réponse de l''Etat' belge"), le journaliste conclut: "Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et de détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité". 

Jean Quatremer termine son portrait en pointant du doigt le rôle joué par la N-VA. "Contre toute évidence, ses responsables affirment que les attentats ont prouvé la faillite de l’Etat central et qu’il faut donc accélérer son évaporation. Les terroristes de tout poil peuvent se frotter les mains : quoi de mieux qu’une absence d’Etat pour prospérer ?"