Saad A. ne respectait pas le confinement à plusieurs reprises: une peine de travail requise

Saad A., la première personne poursuivie en correctionnelle en Belgique pour non respect des règles Covid ainsi que rébellion, a sollicité une peine de travail vendredi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

J. La.

C'est une première: un homme de 23 ans a été jugé vendredi pour ne pas avoir respecté les règles de confinement et de distanciation sociale prises dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. C'était à Bruxelles. Le jugement sera rendu le 24 avril.

Saad, qui est commis de cuisine, a été interpellé à quatre reprises en rue les 25, 26 et, à deux reprises le 29 mars. La dernière fois, il était près de 22h00. Il était rue des Osiers avec un ami, sans respecter la distance requise de 1,5 mètre.

Dans leur PV, les policiers ont rapporté que Saad n'a pas accepté cette nouvelle interpellation. Il a tenté d'ameuter le quartier. "C'est eux qui m'ont collé une amende. Ils ont gazé mon ami. Venez! On va se les faire ces cow-boys. On va les attraper. Ils feront moins les malins", a-t-il lancé alors que de nombreuses personnes observaient la scène à partir de leur fenêtre.

Saad, qui est de forte constitution, s'est alors mis en position de boxeur, les poins serrés, regardant méchamment les policiers. Quand ils ont voulu l'interpeller, il a pris la fuite mais a été rattrapé.

C'est là une version que conteste Saad. Il rejette la faute sur le policier qui, dit-il, avait "gazé" ,lors des précédents contrôles Covid, les amis avec qui il se trouvait. "Il m'a collé cette incitation à l'émeute. Il était énervé car je lui ai dit: 'tu t'amuses à gazer tout le monde'".

La rébellion contestée

Il conteste avoir ameuté le quartier: "Pourquoi je dirais cela. Cela n'existe pas ce genre de choses". Il reconnaît avoir violé les règles Covid. Il ne conteste pas avoir mis en danger sa santé et celle des autres mais insiste sur le fait que depuis son arrestation, il n'a plus violé les règles. "Je ne savais pas que cela prendrait de telles proportions", a-t-il répété.

Le procureur du roi, Denis Goeman, n'aurait, dit-il, jamais imaginé se trouver un jour dans un tribunal à requérir contre quelqu'un qui n'aurait pas respecté les distances. "Mais c'est une réalité et une nécessité", a-t-il martelé, rappelant que tout le monde devait jouer le jeu et que seule une petite frange de la population ne respectait pas ou ne comprenait pas les règles.

M. Goeman a retenu des préventions relatives au non-respect des règles de confinement, qui en vertu de la loi sur la sécurité civile, sont punissables au maximum de trois mois de prison et 4000 euros d'amende. Il retient aussi la rébellion, que conteste Saad et pour laquelle la peine maximale est de six mois de prison.

Une peine de travail requise

Vu l'absence d'antécédent de Saad, il pourrait demander trois mois de prison. Mais il estime que quelques dizaines d'heures de travail d'intérêt général (TIG) seraient plus opportunes car cela ne noircirait pas le casier judiciaire de Saad.

"Je trouverais opportun qu'il rende à la société ce qu'il lui a pris à la société en raison de son comportement qui n'était pas raisonnable", a estimé le procureur. Un juge ne peut infliger des travaux d'intérêt général que si le prévenu le demande. Saad, qui est sans avocat, s'est empressé de les demander.

Mais à peine sorti de la salle d'audience, devant la presse, il ne semblait toujours pas vouloir comprendre pourquoi il était poursuivi. "Ils ont exagéré comme si c'était un viol, un kidnapping, un meurtre. J'ai juste pas respecté le Covid", minimisait-il.

Jugement le 24 avril.