Enfant enlevé 42 jours à Genk: trois arrestations, dont "l'ami de Ben Laden"
L’"ami de Ben Laden" a été jugé à Bruxelles avec la cellule de Maaseik, et son frère à Madrid pour les attentats de 2004.
- Publié le 06-06-2020 à 16h44
- Mis à jour le 20-07-2020 à 21h53
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L’"ami de Ben Laden" a été jugé à Bruxelles avec la cellule de Maaseik, et son frère à Madrid pour les attentats de 2004.
La sœur de Khalid Bouloudo, Samira Bouloudo, 39 ans, a été placée sous mandat d’arrêt, vendredi, dans l’enquête sur l’enlèvement à Genk de l’adolescent de 13 ans qui fut séquestré 42 jours et pour la libération duquel ses ravisseurs réclamaient 5 millions d’euros à la famille.
Et deux autres arrestations ont encore eu lieu, dont celle du mari de Samira : rien moins que Lahoussine El Haski, 44 ans, dont la photo a figuré sur un avis de recherche avec celle d’Oussama Ben Laden, ce qui lui avait valu le surnom d’"ami de Ben Laden" même si les deux ne se sont jamais rencontrés. Il a été placé sous mandat d'arrêt, ce samedi, par le juge d'instruction.
Lahoussine est le frère d’Hassan El Haski, tenu pour l’un des concepteurs des attentats de Madrid (191 morts et 1 800 blessés le 11 mars 2004) et finalement condamné à quinze ans.
Lahoussine El Haski arrêté hier était considéré comme le théologien du Groupe islamique combattant marocain, ou GICM, l’organisation armée islamiste sunnite affiliée à Al Qaïda. Le 20 janvier 2007, il était jugé avec 13 autres (dont Abdelkader Hakimi) à Bruxelles, dans le cadre de la cellule de Maaseik, où les membres du GICM en Belgique avaient leur QG. Dans le jargon, ils formaient une cellule dormante, capable d’être opérationnelle en un temps record. Si certains se cantonnaient à un simple rôle logistique, ses dirigeants voyageaient beaucoup entre Syrie, Turquie, Afghanistan et Arabie saoudite.
Même si on le présente plus comme un inspirateur religieux, Lahoussine El Haski a, en matière de djihad, une fameuse carte de visite. Le Marocain, né à Agadir, a été formé dans les années 90 par l’institut El-Fat à Damas, une école coranique financée par des Saoudiens qui payait des bourses à ses élèves qui partaient en Afghanistan. Durant sa "scolarité", en 1994 et en 1996, El Haski a suivi deux mois de formation militaire à Jalalabad ; s’est trouvé quatre mois au front à Kaboul, puis a passé trois mois en Tchétchénie. Alias Jaber, alias Djaber Tarek, alias Husain Mohammad al-Hasaki, alias El Hussein el Husseiki, Lahoussine El Haski avait écopé de 7 ans de prison mais avait eu sa revanche à Strasbourg en faisant condamner la Belgique, en 2011, à 5 000 € de dommages et intérêts pour procès inéquitable.
L’affaire du rapt de Genk a-t-elle des connexions terroristes ? L’arrestation d’El Haski, après celle de son beau-frère Khalid Bouloudou, pose inévitablement la question !
DROIT DE REPONSE
Par le présent droit de réponse M. Lahoussine El Haski, souhaite répondre à l’article ci-dessus.
Il n’est pas besoin d’aller bien loin, dans la lecture du Code de déontologie des journalistes, pour constater que ceux-ci sont tenus par des devoirs de minutie, de loyauté et de réserve dans leur propos. Il est ainsi inscrit, dans son préambule, « Les journalistes s’imposent (…) des normes qui découlent des obligations de diffuser des informations vérifiées ; de recueillir et diffuser les informations de manière indépendante ; d’agir loyalement ; de respecter les droits des personnes ».
Rien, dans ce qui écrit dans l’article intitulé « Enfant enlevé 42 à Genk : trois arrestations, dont l’« ami de ben Laden » » ne répond à ces exigences !
Jamais, en 15 ans, Monsieur El Haski n’avait été targué d’« ami de Ben Laden ». L’utilisation de ce « surnom » n’est cependant pas anodin. Il jette directement l’opprobre.
Il est tout aussi inexact de prétendre que son frère serait l’un « des concepteurs » des attentats de Madrid.
Mais, plus fondamentalement, il est tronqué et malveillant de présenter Monsieur El Haski comme le théologien d’un groupe terroriste, comme si rien ne s’était passé depuis sa condamnation par la Cour d’appel de Bruxelles. Comme si la Cour européenne des droits de l’homme n’avait pas condamné la Belgique parce qu’elle avait accepté d’utiliser des preuves obtenues sous la torture. Comme si le principal accusé au Maroc, dont le témoignage a justifié des poursuites partout à travers l’Europe, n’avait pas notoirement fait l’objet de torture. Comme si son témoignage ne correspondait pas, en tout point, aux pratiques systématiques barbares utilisées par le Maroc et dénoncées unanimement par les organes des Nations Unies et les ONG. Comme si la Cour de cassation n’avait pas reconnu son erreur et rouvert le dossier, en admettant que les prévenus belges souffraient toujours d’un préjudice grave à cause de leur condamnation inique. Comme si le Parquet fédéral n’avait pas refusé de rouvrir le dossier pendant des années. Comme si une action en référé n’avait pas été introduite pour tenter de forcer le parquet fédéral à laisser les prévenus de l’affaire GICM se défendre en justice, sans succès.
« Enough is enough ». Monsieur El Haski n’est pas membre du GICM. Monsieur El Haski ne sera jamais condamné pour ces faits, qu’il a toujours contestés. Il aurait bien voulu pouvoir se défendre, pour faire cesser une fois pour toute la médisance à son sujet, mais il ne le pourra pas : le parquet fédéral a laissé opportunément se prescrire l’affaire.
Voilà les faits.