Quand Salah Abdeslam était interviewé par la RTBF à son retour de Paris après les attentats du 13 novembre

Un document dévoilé par nos confrères.

Le 13 novembre 2015, Paris plongeait dans l'horreur avec une série d'attaques faisant près de 130 morts et plus de 400 blessés. Si 7 terroristes y laisseront la vie, Salah Abdeslam, lui, n'avait pas activé sa bombe et avait fui. Des caméras de surveillance avaient à l'époque montré qu'Abdeslam était remonté en voiture jusqu'à Bruxelles les heures suivantes, aidé par deux complices.

La RTBF dévoile ce lundi un document au sujet de la fuite du terroriste. En effet, le 14 novembre, Charlotte Legrand, journaliste à la rédaction du Hainaut pour le média public, réalise un reportage radio à la frontière franco-belge pour faire le point sur les contrôles effectués suite aux attentats de la veille.

La journaliste arrête ainsi une série d'automobilistes pour leur demander d'où ils viennent et ce qu'ils pensent au sujet de ces contrôles. Incroyable mais vrai: Charlotte Legrand va alors se diriger vers une voiture au bord de laquelle se trouve... Salah Abdeslam. A ce moment-là, l'individu n'est pas encore identifié et ce n'est que quelques heures plus tard qu'il deviendra "l'ennemi public numéro un".

La journaliste radio revient sur l'événement: "Je ne me souviens ni de la marque de la voiture ni de la couleur. Il y avait trois jeunes qui semblaient très fatigués, le visage chiffonné. Celui à l'arrière était emmitouflé dans une espèce de doudoune ou un duvet. Ils n'étaient pas spécialement sympathiques, mais ils ont répondu à mes questions le temps que leurs cartes d'identité soient contrôlées. Quand ils ont récupéré leurs papiers, ils ont coupé court à la conversation et ont remonté leur vitre. Ils m'ont un peu éjectée".

Une fois Salah Abdeslam identifié, des images de lui ont largement été diffusées afin de le retrouver. Charlotte Legrand s'est alors fait à l'idée que c'était bien lui qu'elle avait interrogé. Un élément supplémentaire va lever tout doute: lorsqu'il est incarcéré à la prison de Bruges après son arrestation le 18 mars 2016, Abdeslam se vantera auprès de ses deux voisins de cellule, Mehdi Nemmouche [terroriste du Musée juif de Belgique à Bruxelles, NDLR] et Mohamed Bakkali [un des logisticiens des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, NDLR]. Nos confrères de la RTBF ont pu récupérer un extrait de ces écoutes enregistrées, dans lesquelles Salah Abdeslam évoque un reportage de la BBC sur lui ainsi qu'une interview qu'il a réalisé lors de sa fuite entre Paris et Bruxelles, le 14 novembre 2015. En voici les extraits:

Abdeslam: "J'ai parlé en me référant aux infos du journal. Elle [la journaliste] me dit : "Vous trouvez ça normal qu'il y ait des barrages comme ça ?". J'ai dit : "Oui, c'est tout à fait normal". C'était au troisième barrage. Sur RTL-TVI. Je lui ai dit : "Ouais, c'est normal vu les circonstances, tout ce qui se passe".

Bakkali : "T'étais à l'avant ou à l'arrière ?"

Abdeslam : "J'étais à l'arrière."

Bakkali : "Comment t'as parlé avec eux ?"

Abdeslam : "J'ai parlé avec le micro."

Bakkali : "T'as ouvert ta fenêtre ?"

Abdeslam : "Non, du côté d'Amri, le conducteur a fait rentrer le micro. J'ai dit : "Oui, c'est normal vu les circonstances, il faut bien renforcer les barrages."

Après vérification, il apparaît que Salah Abdeslam se trompe en citant RTL (c'était un journaliste masculin qui couvrait l'actualité à la frontière ce jour-là) et que c'est bien Charlotte Legrand, de la RTBF, qui l'a interrogé.

"Sans les vantardises de Salah Abdeslam, j'en serais restée au stade du doute", explique encore la journaliste. "Aujourd'hui, je veux rester objective et je refuse de me faire des films. Mais j'ai éprouvé un certain malaise. Je craignais qu'on m'accuse d'avoir manqué de discernement lors de cette interview. Je me suis sentie bizarrement un peu coupable. Et puis, je me remémore les faits. A ce moment-là, je n'avais tout simplement pas les éléments pour reconnaîtreAbdeslam. Ni moi, ni la police".