Serge Lipszyc, président du Comité R, dénonce "ceux qui veulent en finir avec la Belgique"

Le président du comité de suivi des services de renseignement, dit "comité R", Serge Lipszyc, met en cause la volonté de favoriser des mouvements extrémistes, notamment d'extrême-droite, dans certaines strates de l'Etat.

Serge Lipszyc, président du Comité R, dénonce "ceux qui veulent en finir avec la Belgique"
©BELGA

La Sûreté de l’État ne peut suivre que 20 % des dossiers ouverts et le service de renseignement de l’armée, le SGRS, manque 20 % de son personnel, s’indigne le président du Comité R, Serge Lipszyc, dans une interview décapante publiée ce vendredi dans la dernière livraison du magazine Wilfried.

Sur le fond, l’ancien magistrat liégeois et conseiller de Charles Michel, nommé en 2018 par le parlement à ce poste de contrôle des services de renseignements, dresse le portrait d’une Belgique fédérale affaiblie, minée par des partis séparatistes qui cherchent à régionaliser des compétences régaliennes.

Il accuse la Flandre de « monter en douce » son propre service de renseignement pour procéder à la reconnaissance ou non des mosquées, une compétence certes régionale, mais où la recherche d'informations dépend des services de renseignements nationaux. Deux fonctionnaires de la Sûreté ont été débauchés pour rejoindre ce service flamand, selon lui.

« Un nombre croissant de mandataires politiques belges veulent voir l'État se déliter au profit des régions », dit-il. « Et ceux qui veulent en finir avec la Belgique cherchent naturellement à affaiblir ses services secrets ».

Il se plaint aussi d’avoir affaire à une classe politique qui ne comprend rien à la problématique du renseignement et ne s’y intéresse guère d’autant plus que les réunions de commission se tiennent à huis clos et brident le penchant naturel des députés de se faire valoir auprès des médias.

Des militaires d'extrême-droite dans l'armée

M.Lipszyc, qui a le verbe fort, a déjà été critiqué pour ses propos très libres il y a quelques mois par Patrick Dewael. « Est-ce commettre une faute que de pointer les problèmes et les erreurs », réplique-t-il.

Dans l'interview à Wilfried, le président du Comité R se penche aussi longuement sur l'affaire Jürgen Conings, ce militaire d'extrême-droite classé au niveau 3 de la menace par l'OCAM et jamais suivi sérieusement par sa hiérarchie.« Il y a d'autres militaires d'extrême droite qui constituent une menace plus directe. Je pense qu'il y a des structures au sein même de la Défense qui cultivent des militaires extrémistes. La gangrène, la sclérose est de plus en plus volumineuse », dit-il.

« Si Jürgen Conings s'était appelé Mustafa, je pense que les choses se serait déroulées autrement. Un certain nombre d'éléments permettent de croire que dans les différentes strates de l'État belge, il y a une volonté de favoriser des mouvements extrémistes, notamment d'extrême droite. (…) Quand vous voyez les moyens qui ont été déployés pour le retrouver, sans qu'on y parvienne… Ce qui est curieux, c'est que le SGRS participait à la recherche. Donc le SGRS et la Défense ont énormément investi. Ça renforce chez moi cette sensation désagréable… N'y avait-il pas des gens au sein même de la structure de l'État qui avaient intérêt à ce qu'on ne le retrouve jamais ? (…) [Jürgen Conings a peut-être été] l'instrument d'une idéologie antidémocratique, anti-Belgique. « , ajoute-t-il.

Des call-girls pour les députés

Enfin, Serge Lipszyc révèle que son téléphone portable a été piraté mais qu’il en ignore le ou les auteurs. Il a été averti par le service IT du Comité R.

Un autre de ses chevaux de bataille sont les pressions exercées par des Etats étrangers sur des fonctionnaires belges issus du même pays et sur la communauté d'origine, sans que cela émeuve réellement la classe politique. « Un pays surveille et menace une diaspora installée sur notre territoire, mais on ne fait rien », dit-il.

Il laisse entendre aussi que les services chinois ont utilisé des call-girls et l'appât de l'argent pour influencer des députés lors du vote, le 8 juillet dernier, de la résolution condamnant « le risque sérieux de génocide » contre les Ouïghours.

Sur le même sujet