Michel Claise sur la fraude fiscale: "Il faut taper sur le clou pour réveiller le monde politique"

Le juge d’instruction Michel Claise était l’invité de l’émission «Il faut qu’on parle» de DH radio, ce mercredi matin. Maxime Binet en a profité pour l’interroger sur la criminalité en col blanc, qui gangrène notre pays et que notre appareil judiciaire ne parvient pas à enrayer.

Michel Claise sur la fraude fiscale: "Il faut taper sur le clou pour réveiller le monde politique"
©JC Guillaume

"La Justice n'a pas les financements mais cela touche tout autant le ministère de l'Intérieur. Sans policiers, nous, les magistrats instructeurs, ne pouvons rien faire. Le problème va dans les deux sens. Nous faisons face à un manque de moyens criant", affirme le magistrat.

Ces dernières années, plusieurs Offshore Leaks (LuxLeaks, Panama Papers, etc) ont révélé des fraudes fiscales de grande envergure à travers le monde. Dans les Pandora Papers, qui ont donné lieu à une commission d’enquête au niveau fédéral, on y retrouve un peu plus de 29.000 noms, dont 1.200 Belges.

"Les Pandora Papers, c'est intéressant en termes de dénonciation. Mais c'est comme nous donner un coffre-fort dans lequel ces informations sont enfermées, mais qu'on ne nous livre pas la clé et que nous n'avons ni le serrurier, ni le cambrioleur pour l'ouvrir. Il ne faut donc pas s'attendre à de grands résultats en termes d'efficacité d'enquête et de récupération de fonds", prévient Michel Claise.

Tous ces leaks mettent donc en évidence l'existence de ce phénomène de la fraude fiscale, mais sans réelle conséquence derrière. Pour Michel Claise, ce n'est qu'en "tapant sur le clou que l'on va réveiller le monde politique car ce qu'il se passe est grave".


Dès lors, comment faire pour secouer le monde politique? "Quand la Vesdre déborde, on se dit qu'il faut faire quelque chose pour le climat. Mais la communauté financière n'a pas encore engendré de tsunami semblable. Il faudrait peut-être, qu'en termes de portée électorale, il y ait un grand clash comme une cyber-attaque gigantesque contre l'état ou une banque. Là, on va peut-être se réveiller car les électeurs seront derrière."

Pour le magistrat, il est important que les jeunes soient mobilisés dans ce combat contre la criminalité en col blanc. "Quand les jeunes manifestent pour le climat, je souhaiterais qu'ils manifestent aussi pour lutter contre ce phénomène. Si la poussée se fait dans le dos du monde politique, celui-ci va devoir prendre des mesures. On n'a jamais vu les partis changer aussi rapidement leurs programmes qu'après que les jeunes aient débarqué dans la rue", rappelle-t-il.

Carton rouge aux politiques, carton vert aux "Cassandre"

Michel Claise a ensuite accordé ses bonnes et mauvaises notes. Il attribue son carton rouge au monde politique en général. "Je n'attaque pas spécialement la Vivaldi, car cela n'a jamais été bon par le passé. Il y a eu un sursaut sous Di Rupo avec un secrétariat d'État, mais qui a totalement disparu. Ils veulent partir en guerre contre la fraude fiscale mais ils suppriment le secrétaire d'État à la Lutte contre la fraude sociale."


Et son carton vert, il le donne à toutes ler personnes qui sont conscientes du problème et qui luttent contre celui-ci. "Que ce soient des magistrats, des policiers ou des sociologues, ce sont ceux que j'appelle les 'Cassandre'. Ils ont la connaissance du phénomène, tentent de transmettre ce message aux citoyens mais comme Cassandre, on ne les croit jamais", conclut-il.

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