Dépôt d'un préavis de grève à la prison de St-Gilles

A l'issue de deux assemblées du personnel à la prison de Saint-Gilles et d'une réunion avec la direction mardi relatives au manque de personnel et à la surpopulation carcérale, les syndicats CGSP et SLFP ont déposé un préavis de grève pour la prison de Bruxelles, qui ne pourra être activé qu'à compter du 14 novembre à 22h00, a expliqué jeudi Joachim Vermaeren, délégué syndical CGSP-ACOD à la prison de Saint-Gilles.

Dépôt d'un préavis de grève à la prison de St-Gilles
©Bernard Demoulin

Une réunion est prévue vendredi avec la direction. L'Observatoire International des Prisons (OIP) s'inquiète de la situation. La situation est plus particulièrement critique à la prison de Saint-Gilles, mais le manque d'effectifs, la problématique de la surpopulation carcérale et la vétusté des lieux concernent les trois établissements pénitentiaires du site: la maison d'arrêt de Saint-Gilles, la maison de peine de Forest et la maison pour femmes de Berkendael. Depuis la fusion administrative intervenue sur base d'un arrêté royal d'août 2019, les trois entités ont pris le nom de "prison de Bruxelles".

Les différentes discussions de mardi à la prison de Saint-Gilles ont eu lieu en marge de la visite du Comité européen pour la Prévention de la Torture (CPT) et ont entraîné une réduction du fonctionnement de l'établissement. Il n'y a eu ni visites, ni sorties en préau. Dès mercredi, la prison de Saint-Gilles a retrouvé son fonctionnement normal.

Reste que l'aile des travailleurs, ceux qui se déplacent dans la prison pour exécuter différentes tâches, a été mise en quarantaine dimanche. Des détenus transférés depuis cette zone ont été testés positifs à leur arrivée dans d'autres prisons. Cette quarantaine cause des perturbations. Des agents ont dû se faire tester et sont absents. "On travaille avec les gens qu'on a et on essaie de faire le maximum", assure Joachim Vermaeren. "Ces deux derniers mois, on avait été épargné par la Covid, mais maintenant, comme partout, cela revient".

Il explique que le mécontentement prend de l'ampleur avec le temps, étant donné que les agents pénitentiaires travaillent en sous-effectif depuis longtemps déjà et que le taux d'absentéisme peut monter, selon lui, jusqu'à 40 personnes sur les quelque 120 qui composent le cadre quotidien. "C'est un cercle vicieux: avec un personnel réduit, on ne peut pas tenir le coup pendant des mois et les plus motivés finissent par tomber... Le plus gros problème est la surpopulation. Nous avons un accord pour monter jusqu'à 850 détenus et nous avions mardi 903 détenus, ceci implique qu'on n'a plus assez de matériel pour tout le monde et cela crée des tensions. On manque de chaises, de raclettes pour nettoyer les cellules, de pantoufles à donner aux nouveaux détenus... On est devenu une maison d'arrêt et on appréhende la nouvelle loi qui va entrer en application au 1er janvier, selon laquelle toutes les personnes avec des petites peines devront aussi être incarcérées".

En attendant l'ouverture de petites maisons de détention et de la grande prison de Haren, qui doit remplacer en septembre les prisons de Saint-Gilles, Forest et Berkendael, les syndicats demandent des mesures transitoires. "La direction est fort occupée avec le déménagement et n'est plus beaucoup présente sur le terrain pour nous soutenir", remarque encore le syndicaliste.

L'OIP estime légitimes certaines revendications du personnel, mais s'interrogent sur d'autres comme celle demandant plus de sévérité dans les sanctions disciplinaires. "Avant, le directeur pouvait prendre des sanctions sans les motiver et on comprend que cela n'allait pas, mais depuis un peu plus d'un an les détenus peuvent contester les sanctions devant une commission des plaintes et les sanctions peuvent être suspendues voire "remboursées". Il peut par exemple bénéficier d'une visite extra pour une visite supprimée. Des détenus reviennent alors nous dire qu'on ne peut rien faire contre eux et c'est une source de frustration pour le personnel".