Le cyberharceleur de la journaliste Myriam Leroy condamné à 10 mois de prison avec sursis

Le tribunal n’a pas retenu le délit de presse plaidé par la défense du prévenu.

Le cyberharceleur de la journaliste Myriam Leroy condamné à 10 mois de prison avec sursis
©Alexis Haulot

Le cas était emblématique de ce que peut être le cyberharcèlement envers une femme. Il avait inspiré à sa victime, l'écrivaine, journaliste et chroniqueuse Myriam Leroy, un roman remarqué, Les Yeux rouges.

Il a connu mardi, sous réserve d’appel, son épilogue judiciaire. Jérôme D. a été condamné à dix mois de prison avec sursis conditionnel. Il devra verser 3 000 euros à la partie civile.

Jérôme D. a fait vivre un véritable enfer à Myriam Leroy, qui, de son propre aveu, angoissée, avait dû revoir ses ambitions professionnelles à la baisse. Jérôme D. et la jeune femme se voyaient lors de concerts. En tant que journaliste, Myriam Leroy a, en 2011, voulu interroger Jérôme D. pour un reportage pour "Tout ça…" (RTBF) consacré aux blogueurs. Jérôme D., qui commentait l'actualité culturelle de manière piquante sur son blog, a décliné.

Il a voulu la rencontrer sur un plan personnel. Elle a décliné.

Des attaques répétées

En 2012, Jérôme D. a commencé a s’en prendre à la journaliste sur les réseaux sociaux. Ses commentaires sont devenus de plus en plus insultants et dégradants, mettant en cause les compétences journalistiques de Myriam Leroy, la réduisant à sa dimension sexuelle. Elle lui a enjoint de cesser. Il a persisté jusqu’en 2017 quand la jeune femme, très affectée, a déposé plainte.

Jérôme D. a contesté tout harcèlement. Selon lui, il s’agissait de "cyberclash". Il a campé sur cette position devant le tribunal. Il a fait valoir la liberté d’expression et le fait que le harcèlement qu’on lui reproche était de l’ordre du délit de presse. Et que c’était donc de la compétence exclusive des assises et non du tribunal correctionnel.

Dans son jugement, le tribunal a mis en balance la liberté d’expression et le droit à la vie privée. Il a relevé que, malgré sa notoriété, Mme Leroy a le droit au respect de sa dignité et de sa réputation.

La juge a souligné que la "trame qui domine le discours du prévenu relève essentiellement en des attaques personnelles à l'encontre de la partie civile et ne relève en rien du débat d'intérêt général". Et de citer les attaques sur son physique ou les insultes à caractère sexuel.

Pour le tribunal, il n’y a donc pas délit de presse. Et il est donc compétent. Dans la détermination de la peine, il a pris en considération le fait que Jérôme D. n’a pas compris la portée de son comportement.

À la fin de la lecture du jugement, prononcé après trois ans de combat judiciaire, Myriam Leroy, soulagée et sous pression, n’a pu retenir ses larmes.

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