Jean-Pierre Buyle égratigne les politiques: "La justice n’a jamais été une priorité pour aucun de nos gouvernements"

Jean-Pierre Buyle, avocat spécialisé du monde des affaires et ancien bâtonnier de Bruxelles, était l’invité de Maxime Binet ce jeudi 30 décembre sur DH Radio.

Une fois n’est pas coutume, le monde judiciaire a vécu une année compliquée. Entre le Covid et le manque de moyens, le pouvoir judiciaire a encore été au-devant de la scène. Et ce n’est pas Jean-Pierre Buyle qui dira le contraire. "La justice est calcifiée. Depuis toujours, le pouvoir judiciaire est le moins financé. On fait sans doute payer l’indépendance des juges. Cela démontre, une fois de plus, que la justice n’a jamais été une priorité pour aucun de nos gouvernements", dit-il.

L’avocat spécialisé dans le monde des affaires souhaite mettre en avant le courage des magistrats. "C’est LE point positif de cette année, confie l’intéressé. Ils ont été courageux et ont encore fait preuve d’indépendance. Ils ont continué à bosser nonobstant le Covid et le sous-financement. En Belgique, le pouvoir judiciaire fonctionne bien."

Cette année, l’affaire Nethys/Publifin a (encore) défrayé la chronique. "C’est certainement l’une des affaires les plus emblématiques du droit pénal financier, on a mis le paquet, reconnaît Jean-Pierre Buyle. Malheureusement, cette instruction est absolument opaque. On ne peut pas consulter les données par rapport à cette affaire. Toutes les demandes ont été négatives. Pourquoi? Je suis interpellé que sur cette question les droits ne sont pas respectés. Le tout, sans débat contradictoire."

«La justice n’est pas respectée par les deux autres pouvoirs»

Le manque cruel de moyens révolte l’ancien barreau de Bruxellles. "La justice n’est pas respectée par les deux autres pouvoirs. Quand j’entends que le ministre de la justice (NDLR: Vincent Van Quickenborne) veut une justice plus humaine, rapide et ferme, je me pose des questions. Monsieur le Ministre a déposé un projet de loi qui veut légaliser l’enfermement des internés dans les annexes psychiatriques des prisons là où on sait qu’il y a des traitements inhumains qui se produisent. Ce sont des trous à rats. Une justice plus rapide alors qu’on fixe les affaires à la cour de Bruxelles à 2030, poursuit Jean-Pierre Buyle avant d’égratigner à nouveau Vincent Van Quickenborne. Je ne vois pas grand-chose bouger, à part des promesses. Où sont les nouveaux magistrats, greffiers et substituts? Et je ne parle même de l’intelligence artificielle où on est nulle part."

Renforcer le pouvoir des Parquets ? C'est non pour Jean-Pierre Buyle

"De plus en plus, on fait en sorte que les droits de la défense, le principe du contradictoire ne soient pas mis au premier plan, constate l’avocat. Nous entrons dans une république de procureur. Et chaque fois que l’on renforce les pouvoirs du parquet, ce sont les pouvoirs de la défense qui reculent. Attention, ce n’est pas propre au Ministre de la justice actuelle." Un discours sans langue de bois.

Le dossier de la réforme du code judiciaire est sur la table depuis quelques années déjà. Pas de quoi pour autant rassurer Monsieur Buyle. "Le Ministre de la justice a déclaré qu’il voulait une justice plus ferme. Mais ça veut dire quoi? Il souhaite exécuter les peines en dessous de trois ans. L’idée n’est pas mauvaise mais il faut les moyens de sa politique puisque les prisons sont pleines et cela ne va faire qu’augmenter. On nous a annoncé que les prisons de Bruxelles seraient fermées (NDLR: celle de Saint-Gilles et Forêt). Vous croyez une minute que ces prisons vont fermer?, déplore l’avocat.

«Il n’est pas normal qu’il pleuve à l’intérieur et que des arbres poussent sur les façades»

Jean-Pierre Buyle est également revenu sur l’état du Palais de justice de Bruxelles, toujours en travaux. Que faut-il faire? "Il faut absolument le conserver et le restaurer, confie-t-il. Il n’est pas normal qu’il pleuve à l’intérieur et que des arbres poussent sur les façades."

Enfin, et c’est une certitude: le procès des attentats de Bruxelles débutera le 10 octobre 2022. Celui-ci ne se déroulera pas au Palais de justice de Bruxelles mais dans les anciens bâtiments de l’OTAN. "Symboliquement, il est clair que cela aurait été mieux de le faire dans le Palais de justice à quelques centaines de mètres du Musée juif où il y a eu aussi un attentat mais c’est une question de financement et d’accessibilité. Pour moi, le plus important est que ce procès se fasse", résume Jean-Pierre Buyle.