Baptême mortel à la KUL: un des comitards affirme avoir été à l'intérieur quand ça a dégénéré

Un des comitards qui encadraient l'épreuve de baptême fatale à Sanda Dia à Vorselaar a été entendu lundi matin devant le tribunal correctionnel de Hasselt.

Baptême mortel à la KUL: un des comitards affirme avoir été à l'intérieur quand ça a dégénéré
©Belga

G. A., surnommé Shrek, a indiqué qu'il se trouvait à l'intérieur du chalet quand l'état de santé de la victime s'est fortement dégradé. Shrek était accompagné de deux autres comitards pour encadrer cette épreuve de trois bleus, dont Sanda Dia. Le trio de baptisés est allé réveiller les recrues après une beuverie la veille. Ils ont aidé les bleus à s'habiller et se sont rendus en voiture à un chalet à Vorselaar (province d'Anvers) où ils devaient procéder à la cérémonie finale. Shrek a constaté que Sanda était un peu moins alerte que ses deux compères de bleusaille. Une fois arrivés sur place, les bleus ont dû se mettre au travail et creuser le puits dans lequel ils allaient devoir se blottir par après. Shrek a précisé que Sanda Dia a participé à ces manoeuvres d'excavation., ce qui a fait réagir le père de la victime, Ousmane Dia, qui a crié que le prévenu mentait. Le père a dû quitter la salle.

G. A. a poursuivi son récit, précisant qu'il n'avait pas assisté au rituel des petits poissons et de la sauce au poisson car lui et les autres comitards étaient dans la cuisine du chalet à ce moment-là.

"C'est le temps fort du baptême et personne n'a vu quoi que ce soit", a relevé la présidente après l'explication de Shrek.

Comme Sanda présentait des signes d'hypothermie, il a été sorti du puits et placé près du feu de camp. "Son état s'est rapidement détérioré. J'ai d'abord pensé que cela était dû au froid", poursuit Shrek. "Après, nous avons encore discuté 10 à 15 minutes afin de savoir ce que nous devions faire et nous avons essayé de le mettre dans la voiture."

Le 5 décembre 2018, le cercle estudiantin Reuzegom avait organisé une épreuve de baptême à laquelle ont pris part Sanda Dia, 20 ans, et deux autres bleus. L'activité avait débuté à Louvain et s'était poursuivie dans un chalet à Vorselaar où la victime avait dû rester plusieurs heures dans un puits glacé. L'état de santé du jeune homme s'était nettement dégradé après avoir ingurgité de l'alcool et de l'huile de poisson. La victime, originaire d'Edegem (province d'Anvers), était décédée le 7 décembre 2018 à l'hôpital.

"C'est inconcevable que certains pensent qu'il y ait eu mauvaise intention"

K. V. est le parrain d'un des trois bleus qui passaient l'épreuve de baptême fatale à Sanda Dia, en 2018. Il est revenu, lundi devant le tribunal correctionnel de Hasselt, sur la journée et la soirée des faits. Il n'est arrivé sur place que lorsque le rituel des poissons était terminé et affirme n'avoir rien vu de ce qu'il s'est passé. K. V. a débuté son témoignage en présentant ses excuses aux amis et à la famille de Sanda Dia. "Le décès de Sanda m'a bouleversé. J'essaie chaque jour d'aller de l'avant, mais c'est très difficile. Je vais devoir apprendre à vivre avec, mais je ne peux accepter l'idée que certains pensent que tout cela se soit produit pour faire du mal. Cette histoire a eu aussi un gros impact sur toute ma famille. Chaque nuit, je continue à cogiter sur ce qui a mal tourné."

Après une nuit de beuverie, K. V. a demandé comment son bleu, C., se sentait. "Il avait la gueule de bois, mais il se sentait bien. J'ai vu que Sanda accusait un peu plus le coup, mais comme c'était OK avec C., j'ai pensé que c'était également bon pour Sanda."

En compagnie d'un autre comitard, P. M., K. V. avait déposé les bleus à Vorselaar et n'était revenu sur place que lorsque le rituel de baptême était bien engagé. Ils étaient d'abord allés faire des courses et chercher du bois. "J'ai vu les bleus et j'ai demandé à C. si tout allait bien. J'ai alors commencé à décharger le bois et à préparer le barbecue. On était sur place pour dire qu'on y était. Je n'ai pas vu s'ils avaient déjà ingurgité les poissons."

Après avoir déchargé les courses et le bois, il est parti vers la friterie, mais en chemin, il a reçu un appel téléphonique lui demandant de revenir immédiatement. "J'ai alors demandé à P. M. ce qu'il y avait et il a indiqué qu'il valait mieux aller à l'hôpital."

Mais les plus anciens ne voulaient pas que ce soit un des jeunes qui décide de tout. "Ils voulaient que cela vienne de tout le monde. Mon réflexe était d'agir le plus rapidement possible et de partir."

Le prévenu a encore affirmé qu'il était favorable à l'idée d'envoyer une lettre aux parents de Sanda après l'épreuve qui avait dégénéré. "Je voulais que le groupe entreprenne quelque chose et j'ai demandé à écrire aussi. Nous y avons réfléchi à trois, mais d'autres membres du groupe s'y sont opposés. J'ai alors moi-même déposé une carte dans la boîte. Je voulais entrer en contact avec eux, mais ils ont toujours réagi de façon fort négative."

Un autre prévenu, Z. B., a également exprimé des regrets lundi, en dénonçant notamment la culture de certains cercles estudiantins. "Tu tombes dans un monde entouré d'histoires et tu trouves cela normal. Tu es aveuglé", estime-t-il. "Tu continues à croire que rien ne va arriver. Cette culture m'a perverti en quelque sorte."

Z. B. avait pris une vidéo pendant le baptême mais il a vidé son téléphone après les faits de Vorselaar. "C'était une réaction de panique", a--t-il avoué devant le tribunal.

"Nous n'avons pas mesuré les conséquences d'une surdose d'huile de poisson"

S. J., qui encadrait également l'épreuve de baptême fatale à Sanda Dia, en 2018, était le dernier des prévenus à s'exprimer avant la pause de mi-journée, lundi devant le tribunal correctionnel de Hasselt. "On trouve de l'huile de poisson dans à peu près chaque kot étudiant, mais nous ne connaissions pas les conséquences de celle-ci si elle bue en grandes quantités", a-t-il affirmé. Comme d'autres prévenus avant lui, S. J. a présenté ses excuses à la famille et aux amis de Sanda Dia. il a ensuite fourni une version assez divergente de celle de G. H. (Shrek), notamment autour de la participation ou non de Sanda Dia aux travaux d'excavation du puits, dans lequel les bleus allaient être laissés. G. H. a prétendu que Sanda Dia y avait pris part, mais S. J. prétend que la victime n'était pas en état de tenir une pelle. "Sanda avait du mal après sa cuite de la veille et ne se voyait pas commencer à creuser. Nous avons laissé les deux autres bleus travailler et j'ai emmené Sanda sur un banc, plus loin, pour lui donner un ice-tea. Comme il s'est senti mieux dix à quinze minutes plus tard, il est revenu près du trou, mais le puits avait déjà été creusé."

Tout comme d'autres prévenus, S. J. affirme ne pas avoir assisté au rituel des petits poissons. Les bleus doivent avaler un petit poisson avant de le régurgiter à l'aide d'huile de poisson. Les médecins légistes ont établi que la victime avait succombé à un oedème cérébral aigu provoqué par une concentration trop élevée de sodium dans le sang.

S. J. confirme également que des discussions ont eu lieu lorsqu'il a été constaté que l'état de santé de Sanda Dia empirait. "On a discuté avec des gens qui voulaient d'abord tenter autre chose avant l'hôpital. Ils voulaient lui donner des vêtements plus chauds et le mettre dans la voiture avec du chauffage. J'étais plutôt d'avis de partir immédiatement pour l'hôpital."

Des discussions sur l'urgence à amener la victime à l'hôpital

Le soir du 5 décembre 2018, les différentes personnes encadrant l'épreuve de baptême fatale à l'étudiant de la KU Leuven Sanda Dia, ont discuté de l'opportunité d'emmener la victime à l'hôpital. Les déclarations des prévenus devant le tribunal correctionnel de Hasselt divergent quelque peu. Vendredi dernier, M. P., étudiant en médecine au moment des faits, avait indiqué qu'il avait clairement fait savoir aux autres membres du cercle estudiantin Reuzegom que Sanda Dia devait être emmené à l'hôpital, après une épreuve qui avait mal tourné. Qui M. P. a-t-il dû convaincre dans cette histoire?

Lundi après-midi, il a été demandé à M. G. s'il s'était opposé au transfert à l'hôpital de la victime, comme le laissait entendre un autre prévenu. M. G. a répliqué qu'il avait loupé la plupart de la discussion car il était assis dans la voiture dans laquelle Sanda Dia avait été placé pour être réchauffé. Il n'aurait pas été en mesure d'exprimer son point de vue.

D'autres prévenus ont concédé qu'ils ne s'étaient pas rendu compte de la gravité de la situation à l'époque. Il était déjà arrivé qu'un bleu se retrouve inconscient lors d'une épreuve par le passé et la personne en question était revenue à elle lorsqu'elle avait été mise près du feu de camp. Plusieurs membres du cercle Reuzegom pensaient donc à une hypothermie pour Sanda Dia.

L'avocat de la famille de Sanda Dia a par ailleurs demandé sans détour à M. G. s'il était raciste. "Non", a-t-il répondu. Une vidéo raciste avait été retrouvée sur le téléphone du prévenu. "Cela ne fait pas de moi un raciste", a-t-il répliqué.

Le dernier prévenu entendu dans cette affaire, P. W., était d'avis qu'il fallait emmener Sanda Dia rapidement en milieu hospitalier. Mais lui aussi aurait raté une bonne partie de la discussion. "Quand je suis revenu, ils étaient déjà occupés avec des vêtements chauds. J'ai demandé ce qu'il y avait. Ils pensaient que c'était un refroidissement et que cela allait s'arranger. J'ai dit qu'il devait aller à l'hôpital. Mais cette solution a été mise en doute."

P. V. a précisé que les trois bleus qui prenaient part à l'épreuve à Vorselaar, dont Sanda Dia, étaient encore en assez bonne forme avant de devoir entrer dans le puits. "Les bleus étaient en train de plaisanter entre eux", affirme-t-il.

Après la cérémonie des poissons, les trois recrues ont dû se remettre dans le puits qu'ils avaient creusé. Sanda Dia est tombé deux fois à ce moment-là. "Il a rejoint les deux autres dans le puits et nous avons dit qu'ils devaient tenir encore. Ils ont demandé combien de temps cela allait encore durer."

Les deux autres bleus qui ont participé à la même épreuve de baptême que la victime devaient encore être entendus lundi avant que ne se prononce le ministère public.

Le procureur général a demandé des peines de prison allant de 18 à 60 mois pour les membres de Reuzegom.