Volet belge des attentats à Paris: une peine de 4 ans de prison requise à l'encontre du "logeur" de Salah Abdeslam

La procureure fédérale a poursuivi son réquisitoire, vendredi après-midi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, dans le dossier "Paris bis", en requérant une peine de quatre ans de prison à l'encontre d'Abid Aberkane, le "logeur" de Salah Abdeslam, sans s'opposer à un sursis.

Volet belge des attentats à Paris: une peine de 4 ans de prison requise à l'encontre du "logeur" de Salah Abdeslam
©© Bernard Demoulin

Elle a également requis une peine de deux ans de prison avec sursis probatoire à l'encontre du petit frère de Mohamed Abrini, Ibrahim, et une peine de 18 mois de prison avec sursis simple à l'encontre de Zakaria Jaffal. Abid Aberkane n'est pas "un vague cousin qui vient du néant", lorsque Salah Abdeslam le contacte le 15 mars 2016 à 21h05, après la fusillade de la rue du Dries à Forest, a déclaré la procureure. "Son nom apparaît dans le dossier bien avant. Il fait partie du relationnel très proche des auteurs directs des attentats à Paris", a-t-elle affirmé.

Abid Aberkane, cousin de Brahim et Salah Abdeslam, avait accepté de cacher Salah et Sofien Ayari dans la cave de l'immeuble de sa mère, rue des Quatre Vents à Molenbeek-Saint-Jean, après que la police les ait débusqués rue du Dries à Forest le 15 mars 2016. Il leur a apporté de quoi manger et des vêtements, mais il a aussi passé de nombreuses heures avec les deux fuyards dans cette cave, a rappelé la procureure, avant qu'ils ne soient arrêtés le 18 mars.

Pour l'accusation, la version d'Aberkane selon laquelle il a agi sous le coup de l'émotion en venant en aide à un membre de sa famille ne tient pas la route. Le dossier montre qu'il avait lui aussi "fait allégeance à Daesh" et qu'il "prêchait auprès de jeunes à la mosquée de la rue Ransfort à Molenbeek-Saint-Jean, réputée radicale".

Concernant Ibrahim Abrini, c'est le fait d'avoir "évacué des éléments compromettants pour la cellule terroriste" qui lui vaut d'être inculpé dans ce dossier "Paris bis", d'après la procureure. "Le 13 novembre 2015 à 17h57, il sort de chez lui et remet à Kamal Z. un sac Ikea contenant un ordinateur et des vêtements de son frère, lui affirmant qu'il craint d'être perquisitionné. Or, on ne parle pas encore de Mohamed Abrini à ce moment-là dans la presse. Mohamed Abrini lui-même a déclaré qu'il avait demandé à son frère de se "débarrasser de tout ça" ", a exposé la magistrate du parquet fédéral.

Ibrahim Abrini faisait aussi partie de "chaînes d'appel" entre son frère Mohamed et d'autres djihadistes, a-t-elle affirmé. Selon l'enquête, Ibrahim Abrini était en contact avec des "combattants sur zone" comme Younes Abaaoud, Ahmed Dahmani et Youssef Bazarouj. "Il est aussi le dernier contact avec Ahmed Dahmani [logisticien des attentats à Paris], via Facebook, alors que celui-ci est en train de rejoindre Daesh, via la Turquie, le 14 novembre 2015, lendemain des attentats. Les messages qu'ils ont échangés ont été supprimés", a-t-elle indiqué.

En ce qui concerne Zakaria Jaffal, il "a activement soutenu son très proche ami Ahmed Dahmani et a ainsi apporté une aide à la cellule en favorisant son départ vers la Syrie", a considéré la procureure. "Il n'est absolument pas crédible quand il dit que son ami ne laissait rien paraître. Il est là pendant les "séances de visionnage" [de vidéos de propagande de l'État Islamique] dans le café de Brahim Abdeslam à Molenbeek-Saint-Jean. Et il est là avec Dahmani lorsqu'il achète son billet d'avion pour la Turquie le 13 novembre 2015, quelques heures avant les attentats".

La représentante du parquet fédérale a encore épinglé un élément interpellant concernant Jaffal. Le 12 novembre 2015 vers 03h00, son téléphone a "borné" rue de la Serrure à Bruxelles, où Salah Abdeslam et Mohamed Abrini ont, au même moment, installé un brouilleur de GPS dans le véhicule de location Seat Leon, qui sera le lendemain l'un des "convois de la mort". "Il est donc avec les auteurs des attentats à un moment-clé", a insisté la procureure.

Enfin, celle-ci a rappelé que le 13 novembre à 21h40, Jaffal a reçu un appel d'une durée de 15 secondes de Dahmani, soit 24 minutes après la première explosion, au Stade de France à Saint-Denis. Il a ensuite cassé sa carte SIM. Ce soir-là, certains, dont Dahmani, se sont congratulés au café Time Out à Molenbeek-Saint-Jean, fréquenté par plusieurs protagonistes du dossier, selon les images de caméras de vidéo-surveillance.

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