"Nous ne savons plus à quel saint nous vouer": les procureurs généraux très sévères à l'égard de la ministre de l'Intérieur

Les représentants des parquets généraux se sont montrés sévères mardi à l'égard de la ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden, devant les commissions de la Justice et de l'Intérieur de la Chambre.

Belga
Le président du collège des Procureurs généraux, Ignacio de la Serna, s'est montré très critique envers Annelies Verlinden.
Le président du collège des Procureurs généraux, Ignacio de la Serna, s'est montré très critique envers Annelies Verlinden. ©BELGA

Entendu à propos de la situation de la police judiciaire fédérale, le président du collège des Procureurs généraux, Ignacio de la Serna, a notamment déploré l'apparente impossibilité de rencontrer la ministre. "Nous ne l'avons jamais rencontrée, c'est apparemment impossible", a souligné M. de la Serna. "Nous ne savons plus à quel saint nous vouer. Nous demandons 35 millions euros en plus pour la Police judiciaire fédérale sur un budget total d'un milliard pour la police mais la réponse est: non. Pourtant, avec des moyens en plus, nous pourrions obtenir des résultats clairs".

Le procureur a mis en avant les tâches qui passaient au second plan par manque de personnel, comme les enquêtes pénales d'exécution (qui doivent améliorer le recouvrement des amendes et confiscations), et les montants supplémentaires qui pourraient rentrer dans les caisses de l'Etat grâce aux transactions pénales si les moyens suivaient.

L'amertume était la même chez le procureur général de Bruxelles, Johan Delmulle. "Ce n'est pas normal que le sommet de la magistrature doive mendier. Nous essayons depuis un certain temps d'attirer l'attention des décideurs politiques sur le caractère sérieux de la situation et je ne comprends pas pourquoi cela prend autant de temps. La sécurité n'est pas gratuite. Les économies que la PJF a subies sont aussi irresponsables que les économies qui ont été faites à la Défense. Apparemment, on ne comprend pas l'environnement dans lequel la PJF doit évoluer aujourd'hui. La législation est plus complexe, il y a la discussion entre la vie privée et la sécurité, il y a la numérisation. Les organisations criminelles recourent de plus en plus à des technologies élevées. La PJF doit suivre".

Dans une courte réaction, la ministre a fait remarquer qu'elle et son collègue de la Justice, Vincent Van Quickenborne, avaient hérité lors de leur entrée en fonction d'un sous-financement conséquent qu'il n'est pas possible de rectifier en deux ans. Mais le mouvement est enclenché, a-t-elle ajouté. La ministre assure qu'elle continuera à se battre pour obtenir plus de moyens, en espérant recevoir le soutien des groupes politiques qui, aujourd'hui, expriment leur indignation.