Le méga-procès des attentats de Bruxelles se prépare péniblement : "On en vient à se demander si ce procès va bien avoir lieu"

Le procès des attentats de Paris se termine, mais une partie des accusés du 13 novembre 2015 se retrouvera dès la rentrée à Bruxelles pour un autre procès hors norme : celui des attentats du 22 mars 2016.

Le méga-procès des attentats de Bruxelles se prépare péniblement : "On en vient à se demander si ce procès va bien avoir lieu"
©Photo News

Si le procès parisien, long de dix mois, a été présenté comme un modèle en termes de préparation logistique, c’est loin d’être le cas du procès bruxellois qui doit débuter le 10 octobre avec la constitution du jury, avant de formellement commencer le 13 octobre.

Il reste encore quelques semaines de préparation pour faire en sorte que l’un des plus grands procès de l’histoire judiciaire du pays se passe dans les meilleures conditions. Mais notre pays est-il prêt ?

Déjà en avril, La Libre évoquait les craintes de certains protagonistes - dont les avocats des accusés - en la matière.

Ce qui inquiète ? La sécurité des lieux, la situation géographique du site ou encore la disposition interne de la salle d’audience.

Un lieu trop excentré

Le premier point de friction concerne le lieu où se déroulera le procès : le Justitia. Excentré, l’ancien site de l’Otan est considéré comme "loin de tout", ce qui ne facilitera pas l’accès au bâtiment, d’autant que les audiences débutent à 9 heures. Impossible de traiter un autre dossier jugé au palais de justice de la place Poelaert. Et, surtout, il faudra être matinal pour arriver sur place à l’heure en évitant les légendaires embouteillages qui bloquent la capitale dès le lever du jour. Des emplacements pour se garer seront toutefois à disposition des avocats, des parties civiles et des journalistes.

Bémol, le parking se situerait, selon certains avocats, à près de 800 mètres de l'entrée du Justitia. "Et pour une partie civile qui vient en fauteuil roulant, on fera comment ?, nous glisse un avocat. Et si je reste coincé dans les embouteillages et que l'audience ne peut pas démarrer sans moi, je fais quoi? ", nous interpelle un autre.

Plusieurs sources affirment que le parking n'est pas aussi loin et que ceux qui se plaignent de ces détails "ne font que chercher la petite bête".

Le box des accusés

On nous assure également que les personnes à mobilité réduite pourront être véhiculées à l'entrée du bâtiment sans problème. "Pour le reste, avocats, journalistes et autres devront marcher cinq minutes pour entrer au palais. Cinq minutes, ce n'est pas la mort, on fait avec les moyens du bord." Ambiance…

L’autre point de discorde est carrément un sujet tabou : les box des accusés. Selon divers protagonistes concernés par ce procès, rien ne va avec ces box. Leur taille, leur nombre, les moyens de communication prévus pour que les accusés parlent à leurs avocats. Rien ne conviendrait.

Ainsi, dans la salle d'audience, neuf box sont prévus pour les dix accusés (un des accusés est présumé mort) : quatre grands box et cinq petits box. "Ce n'est pas géant, mais assez spacieux", nous indique-t-on. Quand aux moyens de communication, des petits trous sur les vitres permettront d'échanger. Un petit espace pour permettre aux avocats de glisser l'un ou l'autre mot à leurs clients a aussi été créé. "Insuffisant, nous ont rétorqué plusieurs avocats. D'autres systèmes de communication sont envisagés, mais rien n'est encore fixé."

Si les règles sont aussi strictes, c'est notamment pour assurer une sécurité maximale. La crainte d'une attaque ou de représailles ne peut pas être exclue par les autorités. C'est pourquoi il sera formellement interdit de pénétrer les lieux avec, par exemple, un flacon de gel hydroalcoolique ou une bouteille d'eau. "En fait, on en vient à se demander si ce procès va bien avoir lieu. Avec un tel excès de zèle et zéro flexibilité, on se pose la question", nous glisse une source, toujours anonymement, tant le sujet est sensible. Ambiance…

Pas d’eau, pas de resto

Notons que d’autres aspects jugés problématiques auraient été pris en considération. Ainsi, une cafétéria sera installée à l’intérieur du bâtiment pour remédier à l’absence de lieux de restauration dans le quartier environnant.

Des distributeurs de boissons - dont des bouteilles d’eau - seront également installés. Rien n’a été indiqué concernant le gel hydroalcoolique.

Le problème de climatisation, pointé notamment par l'avocate Nathalie Gallant sur les ondes de la RTBF ce mercredi, semble aussi avoir été réglé. L'avocate expliquait être tombée malade à cause de l'air conditionné dans la salle d'audience. Plusieurs membres du jury en ont aussi souffert. "Problème résolu. Vous savez, dans ce dossier, on fait de notre mieux pour que ça démarre dans les temps et dans de bonnes conditions. On y croit", conclut une autre source, en soupirant…

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