Policier tué à Schaerbeek: "Il faut appeler un chat un chat: c'est un attentat terroriste", estime un criminologue

Selon le criminologue Michaël Dantinne, l'attaque mortelle envers le policier Thomas Monjoie, le 10 novembre dernier, s'apparente à un attentat terroriste.

Thomas Montjoie a été tué à Schaerbeek alors qu'il était en patrouille.
Thomas Monjoie a été tué à Schaerbeek alors qu'il était en patrouille. Chaque année, de nombreux incidents surviennent dans les unités psychiatriques faute de policiers suffisants. ©Ennio Cameriere/D.R.

"Je ressens une certaine gêne, voire un embarras à l'égard de ce qui s'est passé le 10 novembre. Il me semble clair que c'est bien un attentat terroriste. Il faut appeler un chat un chat, tout l'indique avec une rare convergence", a lancé mardi le criminologue Michaël Dantinne (ULiège), ancien expert de la commission d'enquête sur les attentats du 22 mars 2016.

Les commissions de la Justice et de l'Intérieur de la Chambre mènent des auditions consacrées au meurtre d'un policier le 10 décembre à Schaerbeek commis par un individu radicalisé. Ce jour-là, Yassine M. (Mahi), présentant un trouble mental, s'était présenté dans un commissariat pour annoncer qu'il avait l'intention de s'en prendre à des policiers. Il avait été conduit dans un hôpital à la suite d'un contact avec le parquet mais avait quitté peu de temps après la salle d'attente sans avoir vu un médecin.

La famille de Thomas Montjoie remercie la police dans un communiqué de presse

Une lacune dans la loi sur la prise en charge des malades mentaux avait alors été évoquée, qui n'avait pas permis au magistrat du parquet de priver de liberté l'individu. Des responsables policiers et le directeur de l'Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace (OCAM) ont plaidé devant les députés pour des améliorations du système, notamment pour un meilleur échange d'informations et la nécessité de mieux impliquer les acteurs médicaux et psychosociaux dans le suivi des personnes radicalisées.

Pourtant, à entendre M. Dantinne, à la suite de l'avocat Laurent Kennes la semaine passée, ce n'est pas tant le système qui est en cause mais plutôt une erreur humaine dans l'appréciation de la situation. Yassine M. (Mahi) s'est radicalisé en prison où il a ensuite essayé de radicaliser d'autres prisonniers et a proféré son intention de commettre des actes violents inspirés par Daesh. Il est décrit comme agressif et manipulateur. L'OCAM l'avait inscrit dans sa banque de données communes comme "home grown terrorist fighter" avant de le considérer sous un nouveau statut, plus adéquat, comme "extrémiste potentiellement violent". A sa sortie, il fait l'objet d'un suivi par les "local taskforce" mises en places pour les personnes radicalisées, ainsi que d'un suivi pyschosocial. Il était classé au niveau de menace 2 (peu vraisemblable) sur une échelle de 4.

Après le meurtre de Thomas Monjoie, un autre homme se présente dans un commissariat de Schaerbeek et profère des menaces envers les policiers

"L'individu n'est pas n'importe qui: il appartient au club très select de la liste OCAM", a fait remarquer M. Dantinne. Selon lui, le meurtre du policier correspond aux critères d'un attentat islamiste: attaque d'un policier, au couteau, au cri d'"Allah Ouakbar" par un homme prêt à mourir. Qui plus est, à son domicile, une bibliothèque typique du "petit salafiste" est découverte.

"Si, à la somme de ces éléments, on ne considère pas qu'il y a eu une erreur d'appréciation, il faut arrêter d'essayer de prévenir des attentats", a-t-il ajouté.

Selon lui, s'il y a des choses à améliorer, c'est en donnant plus de temps aux magistrats pour prendre une décision, plus de compétences dans leur chef et autour d'eux.

Sur la foi d'un rapport du procureur général de Bruxelles, le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, avait estimé que la justice n'avait pas commis d'erreur.

"Le rapport du procureur général ne correspond pas à la réalité", a affirmé dans l'opposition Vanessa Matz (Les Engagés) qui a demandé à entendre à nouveau le ministre de la Justice. "Nous somme face à une infraction terroriste. Ce que j'ai entendu, ce sont des améliorations à la marge. Pour moi, la question demeure: pourquoi la dangerosité de la situation n'a pas été prise en compte?"

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