Le procès des trois hommes poursuivis devant la sixième chambre du tribunal correctionnel de Mons dans le cadre de l'affaire Mawda a repris, lundi matin, après une interruption de plus d'une heure en raison de soucis techniques. L'interprète en langue sorani, qui avait traduit les faits pour deux détenus lors de la procédure, est arrivé. Des plexiglas ont également été installés dans la salle d'audience. Quelques minutes après l'ouverture du procès, les avocats s'étaient plaints du non-respect des mesures de distanciation sociale imposées pour lutter contre la pandémie de coronavirus. Il y avait, en effet, bien plus de trente personnes dans le prétoire, dont de nombreux journalistes.

Mawda se trouvait à l'avant du véhicule

La présidente de la sixième chambre correctionnelle du tribunal du Hainaut, division de Mons, a ouvert son audience par l'audition des experts. Le docteur Grégory Schmit a été le premier à être auditionné. Le médecin légiste bruxellois a procédé à l'autopsie de la petite Kurde âgée de deux ans, tuée d'un coup de feu lors de la course-poursuite entre la police et un véhicule transportant des migrants qui s'est déroulée sur l'autoroute E42, la nuit du 16 au 17 mai 2018.

Selon son dernier rapport, l'enfant se trouvait à l'avant de la camionnette, ce qui est contesté par les parents. "D'un point de vue médico-légale, nous avons des lésions à la face avant du visage qui s'expliquent par l'explosion des fragments des vitres latérales gauche et droite. Ceci indique que l'enfant se trouvait à l'avant", a déclaré le médecin légiste.

Selon le médecin légiste, cette thèse est plus probable qu'une balle qui se décompose. "La plaie d'entrée du projectile est situé au niveau de la narine droite. Il y a deux autres plaies, en dessous, au niveau de la lèvre, plus profondes, qui peuvent s'expliquer par la fragmentation du projectile, ce qui n'est pas le cas des autres plaies, plus superficielles, relevées sur l'hémiface droite".

Le médecin ajoute que la présence d'élément organique sur l'intérieur de la portière avant droite et sur le tableau de bord conforte sa thèse. "Il s'agit de fragments tissulaires. Si on les retrouve à cet endroit, cela plaide pour un tir qui passe dans l'habitacle avant et pas à l'arrière".

Il ajoute qu'aucun fragment tissulaire n'a été relevé à l'arrière du véhicule, ni aucun impact de projectile. "Lors de l'autopsie, nous avons fait des examens microscopiques des lésions. Au niveau du nez, il y a des traces de brûlures plus importantes que sur l'orifice de sortie. Il y a aussi des traces de poudre. L'examen de la plaie occipitale ne présente aucune trace de poudre, ni aucune brûlure".

Blessure par arme à feu

La cause du décès est une section du tronc cérébral à la suite de la blessure par arme à feu et, ajoute le témoin, la position de la victime dans le véhicule n'a pas d'influence sur la cause du décès qui fut quasiment instantané.

Pour que ces lésions soient possibles, il faut que la tête de la victime ait eu le regard tourné vers la vitre avant gauche. C'est impossible si elle se trouvait dans un porte-bébé face à sa mère.

La trajectoire du tir était très légèrement descendante, un centimètre d'écart entre l'orifice d'entrée et l'orifice de sortie. Mawda avait probablement la tête bien droite au moment d'être touchée par la balle bien qu'il soit difficile de définir la position de la tête en raison de l'âge de l'enfant et des mouvements du véhicule, selon le légiste. La version des parents lors de la reconstitution parait donc peu plausible.