"Je ne sais pas si c’est fini. Après treize ans de combat, c’est un soulagement, c’est sûr." Alain Mathot, entouré de ses proches, était en larmes mercredi matin à l’issue du jugement du tribunal correctionnel de Liège qui l’a acquitté de faits de corruption dans le dossier Intradel.

Mais le répit n’a été que de très courte durée. Le parquet, dont la thèse avait été battue en brèche par le tribunal, n’a pas longtemps tergiversé. À peine quelques heures après la lecture du jugement, il a annoncé qu’il interjetait appel. L’affaire sera dès lors réexaminée par la cour d’appel de Liège. Ce sera en quelque sorte la quatrième manche.

Tout était parti d’un corbeau qui, en 2007, dénonçait une "tentaculaire affaire de corruption" liée au marché de l’incinérateur d’Intradel, attribué pour 165 millions d’euros à Inova.

Le nom d’Alain Mathot était cité. Celui-ci sera inculpé. Mais, en 2016, le parlement a refusé d’accéder à la demande de lever l’immunité du député-bourgmestre PS de Seraing formulée par le parquet général.

Les deux premières manches se joueront donc sans Alain Mathot.

Le tribunal correctionnel de Liège a condamné le 30 juin 2018 onze personnes. En l’absence de M. Mathot, les juges ont conclu qu’il avait reçu 720 000 euros des mains de Philippe Leroy, patron d’Inova France, pour décrocher le marché de l’incinérateur.

La situation de M. Mathot était devenue intenable. Au lendemain de ce jugement, qui sera confirmé en appel, M. Mathot annonçait qu’il ne serait pas candidat à sa succession au maïorat et, en mai 2019, à la Chambre.

Il ouvrait la voie à des poursuites pénales. C’est cette troisième manche qui s’est terminée ce mercredi.

Devant le tribunal correctionnel, le 7 janvier, le parquet a requis deux ans de prison avec sursis, huit ans d’inéligibilité et cinq ans d’interdiction de commercialité contre M. Mathot.

Le parquet s’appuyait sur les accusations de Philippe Leroy. Celui-ci avait dit qu’il avait rencontré Alain Mathot à de multiples reprises à Paris dans des hôtels.

C’est lors de ces rendez-vous furtifs qu’il lui aurait, disait-il, remis de discrètes enveloppes avec 50 000 ou 70 000 euros. Ce que contestait M. Mathot.

Accusateur non crédible

"À suivre Philippe Leroy, il faudrait donc dix à quatorze rencontres avec Alain Mathot à Paris", a raisonné le tribunal. Avant de noter que l’analyse de la téléphonie de M. Mathot et du relevé de ses cartes de crédit ne permettait pas de les établir.

"Elle permet tout au plus d’admettre deux rencontres possibles et de retenir comme peu probable une autre rencontre. On est donc loin du compte […] alors que le dossier établit qu’à l’époque Alain Mathot n’utilisait ni son téléphone ni ses cartes de crédit avec une grande prudence", a noté le tribunal.

"L’auto-incrimination de Philippe Leroy, du chef de corruption active, lui permet de se dédouaner d’avoir gardé les fonds pour lui et permet de soutenir qu’il a agi au bénéfice d’Inova", ont encore relevé les juges. Ce qui était la thèse plaidée par Me Jean-Philippe Mayence, avocat d’Alain Mathot.

Acquitté des faits de corruption, M. Mathot n’est malgré tout pas sorti complètement blanchi du tribunal.

La fraude fiscale établie

Pour étayer le dossier, les enquêteurs ont épluché les rentrées et sorties d’argent de M. Mathot. Ils ont saisi un tableau Excel reprenant les travaux effectués à son domicile en 2008.

Il y avait une colonne " S . F." , avec un total de 90 415 euros. Soit, a conclu le tribunal, des travaux "sans factures", éludant la TVA de 5 408 euros. Ce que reconnaissait M. Mathot.

Or, il ne pouvait ignorer qu’il était dans l’illégalité, a noté le tribunal, d’autant plus, a-t-il poursuivi, qu’à l’époque il était député fédéral, membre d’une commission de lutte contre la fraude fiscale.

Celle-ci est donc établie. Mais, vu l’amendement de M. Mathot et l’ancienneté des faits, le tribunal lui a accordé la suspension du prononcé.

Vu l’appel du parquet, toutes les cartes vont être rebattues. Et ce sera à la cour d’appel de Liège de réexaminer les faits.