L'ancien député au Parlement flamand Christian Van Eyken et son épouse, Sylvia B., sont prévenus pour avoir tué cet homme en 2014, alors qu'il était le compagnon de Sylvia B. Les prévenus ont toujours contesté toute implication dans ce crime. Le ministère public, lui, a estimé qu'ils étaient coupables et a requis une peine de 25 ans de prison.

Marc Dellea, un négociant en café âgé de 45 ans, a été découvert mort, une balle dans la tête, le 8 juillet 2014, dans l'appartement qu'il occupait avec sa compagne, Sylvia B., et leur fille, avenue Mutsaard à Laeken. Aucune arme n'a été retrouvée sur place et aucune trace d'effraction n'a été relevée.

A cette époque, Christian Van Eyken était député au Parlement flamand et Sylvia B. était son attachée parlementaire et sa maîtresse. Les amants avaient été filmés sortant de cet appartement, le 7 juillet vers 01h20, soit deux heures après que Marc Dellea y était rentré. Ils sont donc les dernières personnes connues à avoir vu la victime vivante.

Christian Van Eyken et Sylvia B., devenus époux en 2018, ont toujours nié toute implication dans la mort de Marc Dellea. Mais en première instance, le tribunal correctionnel de Bruxelles les avait reconnus coupables d'assassinat et condamnés à 23 ans de prison. Ils ont ensuite fait appel.

Devant la cour, l'avocate générale a maintenu ses réquisitions. Elle a déclaré avoir "l'intime conviction", sur base d'un "faisceau d'indices graves, précis et concordants", que les deux prévenus sont les coupables, et a requis une peine de 25 ans de prison.

L'accusation a insisté sur les indices de tensions fortes dans le couple formé par Sylvia B. et Marc Dellea, sur le point de se séparer, et de questions d'argent sous-jacentes à cette rupture.

La partie civile, représentée par Me Georges Nicolis et Me Nikolaos Korogiannakis, s'est également questionnée sur la présence des amants dans l'appartement de l'avenue Mutsaard juste avant le décès de la victime. "Tout montre que Marc Dellea était mal à l'aise avec la présence de Christian Van Eyken, et cela n'a pas de sens que les prévenus ont choisi d'aller travailler sur les dépenses électorales là-bas, un dimanche soir jusque tard, alors qu'il n'y avait rien d'urgent, que c'était le congé parlementaire et que la fille de Sylvia B. n'était pas au domicile", a plaidé Me Nikolaos Korogiannakis. "Christian Van Eyken et Sylvia B. sont venus à l'appartement et ont attendu le retour de Marc Dellea pour le tuer ensuite dans son sommeil", a-t-il soutenu.

Pour la défense, il existe de nombreuses incohérences dans la thèse présentée par l'accusation et la partie civile, à commencer par l'heure estimée du décès. Le corps a été découvert le 8 juillet 2014 vers 15h00 et le médecin légiste a estimé que la mort était survenue environ 24 heures plus tôt, soit le 7 juillet vers 15h00, "de nombreuses heures après le départ des prévenus", a plaidé Me Laurent Kennes. Un autre expert a quant à lui affirmé que le décès se serait plutôt produit 36 à 48 heures avant, mais un troisième expert s'est rangé à l'avis du premier.

Les avocats des prévenus ont relevé que l'emploi du temps de la victime avant son décès restait une totale inconnue et ont évoqué des faits qu'ils estiment troublants: la voiture de Marc Dellea avait été vandalisée, il gardait une batte de base-ball dans son véhicule et il "trafiquait" les numéros de châssis d'automobiles dans son garage.

Me Kennes et Me Uyttendaele ont dès lors évoqué comme hypothèse une intrusion dans l'appartement par une fenêtre à l'arrière. Cette hypothèse, le premier juge l'avait écartée, en parlant de la présence d'une moustiquaire qui bloquait la fenêtre, ce qui n'avait fait l'objet d'aucune vérification et ne pouvait donc servir d'argument valable motivant la culpabilité des prévenus.

Me Marc Uyttendaele et Me Marc Preumont ont aussi développé d'autres éléments qui tendent à innocenter leurs clients, notamment une écoute directe dans laquelle on entend Sylvia B. demander à Christian Van Eyken si "celui qui a fait ça à Marc paiera les frais d'avocat" dans le cas où l'on "finit par l'attraper". Pour Me Preumont, "penser qu'ils savaient qu'ils étaient écoutés et qu'ils se sont dits à cet instant: 'on va jouer un petit tour aux enquêteurs', c'est inimaginable".