Le dossier, jugé à Termonde, est exceptionnel. Les prévenus ne faisaient pas qu’échanger leurs images. Ils se voyaient dans la vraie vie.

La représentante de l’accusation n’y est pas allée par quatre chemins devant le tribunal correctionnel de Termonde : "C’est une des affaires les plus horribles et les plus effroyables à laquelle j’ai été confrontée."

Elle requérait contre cinq hommes - trois Belges, un Anglais et un Néerlandais - poursuivis dans le plus vaste dossier de pédopornographie jamais traité en Belgique. Ces cinq hommes, âgés de 28 à 40 ans, n’ont pas seulement échangé des images et vidéos d’enfants abusés. Plusieurs ont commis des abus sur des enfants de leur entourage.

La magistrate, Katrien Borms, a relevé une des spécificités de ce dossier. Ils connaissaient l’identité des uns et des autres, ce qui est exceptionnel dans les dossiers de pédophiles. "Ils avaient des liens étroits entre eux. Ils avaient de nombreux contacts, online ou dans la vraie vie. Les échanges entre les cinq et le matériel découvert prouve clairement qu’ils ont aussi commis des abus. Des images le prouvent."

La quantité de matériel pédopornographique découvert est énorme. Il y a 664 séries d’images qui n’avaient jamais circulé auparavant dans les réseaux de pédophiles, dont on sait qu’ils échangent leurs images. Le nombre de victimes identifiées s’élève à 38.

Un des cinq, Dimitry D., faisait figure de "documentaliste". Il collationnait et archivait les images. Mais, a insisté la magistrate, tous ont incité d’autres hommes à commettre des abus sur des enfants et à leur envoyer des clichés.

Afin de prouver qu’il s’agissait bien de matériel exclusif, ils ont demandé aux abuseurs de placer des panneaux avec des surnoms sur les corps des victimes. Généralement, il s’agissait de très jeunes garçons.

La procureure a requis des peines de 15 ans pour Niels M. le plus impliqué, 12 ans pour Michael T. et 10 ans pour Samuel K., Lars D.R. et Dimitry D. Elle a demandé des mises à disposition du tribunal de l’application des peines.

Des aveux partiels

Trois des cinq prévenus sont incarcérés. Les deux derniers sont internés. Dimitry D. a refusé de comparaître. Niels M. a déclaré avoir été abusé dans son enfance. C’est lui qui est poursuivi pour les faits les plus graves, commis sur son fils et son beau-fils. Il reconnaît seulement s’en être pris au fils de son voisin. "Mais j’étais moi-même mineur", a-t-il précisé.

Michael M. est aussi poursuivi pour avoir abusé du fils de Niels. "J’ai une tendance pédophile, je suis une thérapie depuis un certain temps et j’aimerais la poursuivre", a-t-il dit.

Le Britannique Samuel K. a expliqué ne jamais "avoir voulu faire de mal à personne". À l’entendre, "dans un sentiment de solitude et de recherche d’amitié, j’ai été en contact sur Internet avec des personnes partageant les mêmes souhaits. Je suis tombé dans un piège et il m’a été difficile de m’en sortir".

Le Néerlandais Lars D.R. reconnaît qu’à l’âge de 15 ans, il a découvert des penchants pédophiles. "J’ai filmé et partagé mes propres abus sur les enfants et je regrette ce que j’ai fait", dit cet homme qui a aussi sévi lors de voyages en Inde.