Les deux femmes ont escroqué près d'une cinquantaine de victimes.

Un doux voyage à la mer en famille pour changer un peu d'air et profiter du beau temps, quoi de plus revigorant? Du moins, c'est ce que se disait Mohamed, un Bruxellois de 46 ans, victime d'une arnaque sur internet. Ce dernier est tombé dans le panneau car, il faut bien l'avouer, leur plan est minutieusement organisé entre mère et fille.

Tout commence un peu avant les vacances de Pâques 2019, entre le 19 et le 22 avril. "Je me suis mis en quête d’une location saisonnière", raconte-t-il à la RTBF. Il se lance dans les recherches et trouve une annonce intéressante sur 2ememain.be. Rapidement, Mohammed prend les devants. "On me dit que l’appartement est loué mais on me transmet les annonces d’un autre propriétaire." Le Bruxellois communique avec cette autre personne qui lui annonce qu'elle détient "un appartement à Coxyde, sur la digue. L’appart était sympa." Il choisit donc de conclure cette transaction.

Malgré son intérêt, Mohamed se montre tout de même assez méfiant envers le site. "Je préfère d’autres sites où la sécurité est plus grande avec des authentifications d’identité, etc. Mais j’ai déjà eu des expériences positives également. Et puis là, j’ai vérifié une série de choses qui me semblaient correspondre à la réalité"

En effectuant des recherches, il découvre que l'appartement est également en location sur un site d'une autre agence. "Je me suis dit : l’agence n’est pas parvenue à le mettre en location. Et en dernière minute, le propriétaire le loue en direct. Tout cela me semble plausible." Finalement, le contrat de location est envoyé par mail. Pour s'assurer que tout soit en règle, Mohamed vérifie l'adresse du propriétaire. "C’est une maison qui est en vente. C’est toujours plausible." Il décide donc de signer le contrat et le propriétaire lui demande de lui remettre sur place et en main propre. Un autre signe qui prouve qu'il devrait être sur place lors de la remise des clés se dit Mohamed. En contrepartie, il verse 350 euros dont 150 euros de garantie à son interlocuteur.

"Je ne retrouve pas l’adresse à Coxyde. Mais le "propriétaire" me rassure en me disant qu’il y a l’adresse officielle et le nom que les habitants de la ville donnent à la place en question." Un genre de lieu-dit. "C’est possible."

Le grand départ en vacances puis la désillusion...

Le vendredi soir, Mohamed, sa femme et ses trois enfants prennent la route de la mer et ne se doutent pas un instant de ce qui les attend. En arrivant à Coxyde, l'adresse n'est pas correcte. "Je tourne, retourne, reretourne en rond comme un âne : je ne trouve pas l’adresse. Ça ne correspond pas." Pourtant, il ne lâche pas l'affaire. Grâce à des photos de l'agence, il parvient à retrouver l'appartement. "J’y croise une dame qui fait le nettoyage. Je lui dis que je viens pour l’appart. Elle me dit qu’il est libre et donc pas loué." C'est la douche froide pour Mohamed. "Depuis un dernier contact la veille, après la confirmation du paiement, plus de nouvelles !" Et si c’était une arnaque ? "Une autre particularité : les contacts se faisaient par mail, pas par téléphone."

Mohamed continue d'essayer de trouver des réponses. "Par chance, je croise une personne dans une voiture de l’agence immobilière où j’avais vu la même annonce. Je lui explique la situation. Et là elle me dit que le contrat n’est pas bon, que ce n’est pas le vrai propriétaire, que j’ai été visiblement victime d’une arnaque." Cette histoire tourne au cauchemar. "J'étais dégoûté, avoue Mohamed, J’étais avec les enfants, on était fatigués. Le weekend à la mer tombe à l’eau. Il va falloir rentrer. On se sent mal en fait."

L'agence immobilière prend le dossier en main et exprime à Mohamed son désir de porter plainte. "Elle me conseille de le faire également. Mais je n’avais pas la tête à cela. Allais-je récupérer mes 350 euros ? Il fallait prendre un avocat, aller en justice…" Le jeu en vaut-il la chandelle? Ne risque-t-il pas de payer plus cher avec les frais de justice?

Plusieurs jours plus tard, l'agence lui donne les coordonnées d'un commissaire de Coxyde qui est en charge du dossier. Encore une désillusion pour Mohamed. "Mauvaise expérience : il ne voulait s’exprimer qu’en néerlandais et n’a fait aucun effort pour m’écouter."

Une arnaque de plus de 15.000 euros !

Après plusieurs mois, il reçoit une convocation à la police de Wavre. "Je procède à une déposition et on me dit que je ne suis pas la seule victime et que les organisateurs de cette arnaque ont été repérés." Pour Mohamed, c'est la stupéfaction: lui et près de cinquante victimes se sont fait voler près de 15.000 euros. Derrière cette arnaque minutieusement orchestrée? Une mère (J.) et sa fille (O.) qui proposaient des locations fictives pour les montants allant de 75 à plus de 800 euros.

Cela faisait plus de quatre ans que les deux compères arnaquaient leurs "clients" partout dans le pays entre 2016 et 2020. En février dernier, c'est l'arrestation d'O., 30 ans, qui a mis fin à leurs activités illicites. Ce lundi, une bonne trentaine de personnes était présente au tribunal correctionnel comme victime. O. se faisait passer pour une fausse propriétaire mais également pour une assistance sociale du CPAS de la commune d’Anderlecht. Son avocat a plaidé coupable. "Ma cliente est en aveux complets. Elle ne saurait rien contester vu qu’il y a des traces de versements sur des comptes bancaires qu’elle a elle-même créés.", explique Maître Thomas Puccini toujours pour la RTBF. 

Pour sa cliente, il souhaite un suivi psychologique voire psychiatrique. Mohamed ne comprend pas trop car selon lui, "Elle n’était pas folle", commence-t-il. "Elle savait très bien comment gagner la confiance de ses victimes. Il y avait tout un stratagème derrière ses arnaques. Souvenez-vous : c’est via une première annonce qu’on me conseille une deuxième, celle dans laquelle je vais tomber. Je pense que l’auteure de l’arnaque était la personne qui se cachait aussi derrière la première annonce."

Le parquet requiert deux ans de prison ferme pour O. et 12 mois pour J avec un jugement prévu le 8 juin.