Près de 26 000 comptes et vidéos ont été effacés à partir d’Europol.

Sous la direction des autorités judiciaires belges, des experts informatiques d’Europol ont livré à partir du 21 novembre une bataille homérique contre le principal site de propagande du groupe État islamique, Amaq.

En quatre jours, près de 26 000 comptes, vidéos, groupes et publications ont été neutralisés ou effacés par ces experts de l’Unité spéciale d’Internet (IRU) de l’Union européenne, ont annoncé lundi à La Haye plusieurs responsables.

Le parquet fédéral belge, en collaboration avec un juge d’instruction de Malines, et la Guardia Civil espagnole, avaient le lead sur cette opération qui a impliqué jusqu’à une centaine d’experts informatiques dans une salle d’Europol.

Telegram collabore activement

"Ce n’est pas une bombe atomique qu’on a lancée, mais des flèches très précises. Chaque fois que quelque chose apparaissait, on réagissait. Action, réaction", explique Eric Van Der Sypt, l’un des porte-parole du parquet fédéral belge.

L’essentiel des comptes effacés l’ont été sur la messagerie instantanée et cryptée Telegram, qui fut un temps le circuit préféré des djihadistes pour véhiculer leurs vidéos et revendications. Mais, depuis un an et demi, cette société fondée par les frères russes Nikolaï et Pavel Dourov et basée à Berlin collabore activement avec Europol et d’autres organisations internationales.

Telegram a mis en place des systèmes de "dénonciation" des contenus extrémistes par ses utilisateurs et un processus de détection automatique des contenus litigieux.

Une traque inlassable

Dès le 23 novembre, le service de monitoring de la BBC a constaté que de nombreux sites relayant la propagande de l’État islamique, de Nashir News Agency à Caliphate News 24, ont été fermés. Ceux-ci ont rapidement invité leurs utilisateurs à cliquer d’autres liens et à se détourner de Telegram.

D’autres fournisseurs d’Internet ont collaboré à cette opération, dont Google, Files.fm, Twitter, Instagram et Dropbox.

À ce jeu du chat et de la souris, c’est pour le moment les policiers qui ont la main. Mais ils ne sont pas naïfs et savent qu’ils vont devoir poursuivre cette traque sur le Web.

"Pour le moment, l’État islamique n’est plus sur Internet", s’est toutefois félicité M.Van Der Sypt.

C’est aussi une Belge qui dirige Europol. Catherine De Bolle a insisté lundi à La Haye sur ce travail de longue haleine contre un réseau comme Amaq qui a permis "d’engager des gens à rejoindre l’État islamique et à commettre des attentats" en Europe.

Amaq avait revendiqué les attentats de Bruxelles de mars 2016, (en évoquant le chiffre totalement faux de 230 morts) mais aussi l’attaque à la machette contre deux policières de Charleroi en août 2016 et celle au couteau contre des policiers de Bruxelles en août 2017.

Au cours de la même conférence de presse, lundi, le chef du contre-terrorisme à la Guardia Civil Alberto Vasquez a confirmé l’arrestation d’un Mauritanien de 26 ans à Ténérife (Canaries). Cet homme, qui vivait en Espagne depuis dix ans, s’est radicalisé au contact notamment d’Amaq et appelait au djihad.

L’IRU de La Haye comprend de nombreux experts en technologies de communication, mais aussi des traducteurs et des spécialistes de l’islam. L’unité avait déjà mené deux cyberattaques contre Amaq, la première en juin 2017 avec la Guardia Civil et les États-Unis, la seconde en avril 2018, avec le parquet fédéral belge et la police judiciaire de Flandre orientale.