La cour d’appel de Liège a confirmé lundi la condamnation par le tribunal correctionnel de Namur d’une journaliste de Sudpresse et du groupe auquel elle appartient pour avoir écouté une communication privée, dans le cadre d’une médiation, entre Michelle Martin, ex-femme de Marc Dutroux, et Jean-Denis Lejeune, papa d’une victime du prédateur, et pour avoir divulgué ensuite ces propos confidentiels.

L’affaire avait fait grand bruit à l’époque. Le 16 novembre 2012, après avoir tenté, à de multiples reprises, d’entrer en contact avec les protagonistes et leurs avocats, avec le procureur du Roi de Namur, ainsi qu’avec le médiateur, Antonio Buonatesta, la journaliste est rappelée par ce dernier, à 20h02, sur le numéro fixe de Sudpresse. C’est, plus exactement, le GSM de M. Buonatesta qui, en tombant sur le sol, rappelle “tout seul” le dernier numéro formé. Celui de la journaliste, qu’il avait remballée dans l’après-midi.

"Voyeurisme et sensationnalisme"

M. Buonatesta ne ramassse pas son appareil, pour éviter de déranger la médiation, mais sans imaginer un seul instant que son GSM est décroché et qu’à l’autre bout de la ligne, la journaliste et son rédacteur en chef ne perdent pas une miette de la conversation, pendant 53 minutes. C’est là l’élément moral de l’infraction: la volonté de prendre connaissance du contenu d’une communication entre des tiers à leur insu, souligne l’arrêt rendu le 7 décembre.

Il est de commune renommée que l’ affaire Dutroux a relevé sous certains aspects de l’intérêt général mais aussi sous d’autres, “du voyeurisme et du sensationnalisme”, poursuit l’arrêt. “La connaissance du contenu des échanges de la médiation ne relevait pas de l’intérêt général mais uniquement de la vie privée”, insiste la Cour.

Dans un état démocratique, "les journalistes ne bénéficient (...) pas d'un blanc-seing pour accomplir leur mission au mépris de la loi", dit encore l'arrêt. L'écoute d'une communication privée ne peut se faire que dans des circonstances exceptionnelles et moyennant l'autorisation d'un juge d'instruction, rappelle la cour d'appel de Liège. Les prévenues méprisent ainsi un aspect extrêmement douloureux de la vie des plaignants que ces derniers voulaient, de manière légitime, garder secret. "L'article de presse litigieux leur vole ainsi de manière inadmissible une partie de leur intimité".

Pas de suspension du prononcé

La cour a refusé d'accorder la suspension du prononcé demandée par les prévenues, une mesure qui risquerait "de continuer à banaliser dans leur chef la gravité des faits commis".

Comme en première instance, la journaliste est condamnée à une amende de 3 000 euros. Pour Sudpresse, la cour d'appel a alourdi l'amende à 21.000 euros (contre 15.000 euros en première instance), “tenant compte du but de lucre poursuivi”.

Au civil, la journaliste et Sudpresse sont condamnées solidairement à verser la somme de 500 euros, majorée des intérêts.