Cet homme de 49 ans, originaire de Ravels, avait introduit sur le marché un produit "miracle" pour éradiquer les poux rouges dans les élevages de volailles. Il est soupçonné d'y avoir versé du fipronil, un insecticide utilisé dans les médicaments vétérinaires mais interdit dans la production alimentaire. Quand, à l'été 2017, du fipronil s'était retrouvé dans les oeufs de poule, des centaines de fermes avicoles avaient dû fermer temporairement en Belgique et aux Pays-Bas et de nombreux aviculteurs avaient été contraints d'abattre leurs animaux pour contrer cette crise sanitaire.

Pour le procureur, la crise du fipronil constitue l'une des plus grandes affaires de fraude dans l'industrie alimentaire au cours de ces dernières années, avec des dommages financiers évalués à plusieurs millions d'euros. Rien qu'en Belgique, près de 2 millions de poulets et 77 millions d'œufs avaient dû être détruits.

Le 2 juin 2017, une usine de Saint-Nicolas avait informé l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) que du fipronil avait été découvert, lors d'un échantillonnage, dans des œufs destinés à la consommation humaine. Ce produit chimique antiparasitaire est utilisé dans les médicaments vétérinaires contre les puces et les tiques chez les chats et les chiens. Il est nocif pour l'homme et ne doit donc pas être administré aux animaux destinés à l'alimentation. L'enquête qui a suivi a montré que l'usine avait reçu les œufs d'une ferme avicole de Lokeren. La société néerlandaise de désinfection Chickfriend avait traité les granges avec le détergent Dega-16.

"Ce produit a été mis au point par Agro Remijsen, l'entreprise de Patrick R., et présenté comme 100% naturel, à base de menthol et d'huile d'eucalyptus, tout en luttant efficacement contre le pou rouge", a souligné le procureur jeudi à l'audience. "Il a été pulvérisé dans des centaines de fermes avicoles en Belgique et aux Pays-Bas qui, elles, ne savaient pas que Patrick R. y avait ajouté une substance toxique sans en faire mention sur l'étiquette du Dega-16."

Patrick R. aurait importé le fipronil de Roumanie, à partir de 2015. Il est soupçonné d'avoir d'abord tenté d'"améliorer" son produit en y ajoutant de l'amitraz, également trouvé en Roumanie, avant d'opter pour un mélange à base de fipronil, plus efficace. Au total, il aurait ainsi importé illégalement près de 18.000 litres de médicaments vétérinaires.

"Patrick R. soutient qu'il ne savait pas qu'un permis spécifique était nécessaire. C'est tout à fait invraisemblable", a estimé le procureur. "C'est un professionnel expérimenté et connu dans le secteur. Il était bien conscient que son Dega-16 contenait une substance interdite."

Le quadragénaire a ensuite livré son produit à Chickfriend, qui à son tour l'a distribué aux Pays-Bas. Le prévenu et sa compagne ont en outre cherché des débouchés en Allemagne et en Italie. Pour le ministère public, l'entrepreneur de Ravels a cherché à s'enrichir au mépris de la santé publique et des conséquences économiques pour les éleveurs de volaille.

Le ministère public a dès lors requis à l'encontre de Patrick R. quatre ans de prison, 800.000 euros d'amende, 10 ans d'interdiction d'exercer dans la profession et une saisie de 938.270 euros.

Il a également demandé de condamner l'entreprise Agro Remijsen, tombée en faillite depuis lors, à 960.000 euros d'amende, ainsi qu'une saisie de 823.270 euros.

Trois autres entreprises, spécialisées dans le nettoyage des étables de volailles, et leurs dirigeants sont également poursuivis. Pour le parquet, ils étaient au courant que le Dega-16 contenait un produit illégal mais ne sont pas intervenus par appât du gain. Le ministère public a requis jusqu'à 576.000 euros d'amende pour ces entreprises et jusqu'à trois ans de prison, 600.000 euros d'amende et une interdiction d'exercer au sein de la profession pendant sept ans, ainsi que des saisies, pour les dirigeants.

Vingt-et-un élevages de volailles se sont constitués parties civiles dans ce dossier, tout comme l'État belge, l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca), l'agence flamande chargée de la politique des déchets et de l'assainissement des sols (OVAM), l'agence flamande de la terre (Vlaamse Landmaatschappij - VLM) et un assureur. Ils s'exprimeront vendredi à l'audience. La parole sera également à la défense.