Sanda Dia était donc étudiant ingénieur à la KU Leuven. Les 4 et 5 décembre 2018, comme l'explique De Morgen dans sa reconstitution des faits, le jeune garçon d'origine africaine, accompagné de deux autres étudiants, participe aux dernières épreuves qui feront de lui un baptisé du cercle Reuzegom. Après avoir été forcés d'ingérer une quantité énorme d'alcool le premier soir, notamment un litre de gin et de la bière, les "bleus" rejoignent leur kot, où les robinets ont été coupés pour les empêcher de s'hydrater.

Le lendemain, le 5 décembre, les trois étudiants se retrouvent de nouveau face à leurs "bourreaux". Dans un chalet en dehors de la ville de Louvain, les baptisés ont encore obligé les trois jeunes étudiants à ingérer une mixture dans laquelle nageaient des poissons vivants, et composée en grande partie d'huile de poisson. Après ça, les trois garçons ont été maintenus debout dans un trou rempli d'eau glacée, que les membres du cercle Reuzegom ont utilisé comme toilette à plusieurs reprises, alors que les trois "bleus" étaient dedans.

C'est lors de cette épreuve que, gelé et déjà mal en point, Sanda Dia tombe inconscient. Il faudra plusieurs heures avant qu'il ne soit emmené à l'hôpital UZA à Edegem, avec ses deux camarades d'infortune. Et c'est là que, en hypothermie, Sanda décède. Le sel contenu dans la quantité démesurée d'huile de poisson ingérée par le jeune garçon a également provoqué une défaillance de plusieurs de ses organes.

Sanctions trop légères

Si l'histoire de Sanda Dia refait surface aujourd'hui, presque deux ans plus tard, c'est pour plusieurs choses.

La responsabilité des 18 membres du cercle étudiant Reuzegom va être discutée lors d'un procès. Ils sont tous cités à comparaître dans le cadre de l'enquête pour homicide involontaire, traitement dégradant et administration de substances nuisibles, qui a été ouverte suite au décès de Sanda Dia. Et c'est ce 4 septembre que la chambre du conseil décidera si oui ou non ils seront renvoyés devant le tribunal correctionnel.

De son côté, la Vrije Universiteit Brussel (VUB) a fait savoir ce lundi qu'elle avait entamé une procédure d'ordre interne et disciplinaire dans le cadre de l'implication éventuelle d'un de ses étudiants dans le dossier judiciaire concernant le décès de Sanda. "Il est important pour la VUB de savoir si des charges pénales sont retenues contre l'étudiant de la VUB qui serait impliqué dans le dossier judiciaire", a indiqué l'université dans un communiqué de presse.

Au moment des faits, les membres de Reuzegom ont été sanctionnés de 30 heures de travaux d’intérêt général et ont dû rédiger une dissertation sur les rituels du baptême. Une sanction maintenant jugée trop légère par de nombreux professeurs de la KU Leuven. "Les auteurs des Reuzegom ont pu poursuivre leurs études, certains ont même obtenu leur diplôme. D’autres membres qui étaient au courant des circonstances de la mort de Sanda Dia ont connu peu d’entraves ou ont travaillé comme assistants au sein notre université. Cela dépasse l’entendement", ont-ils écrit récemment dans une lettre ouverte à leur recteur.

Un fait raciste ?

En dehors de cela, le président de l'organisation qui regroupe les cercles étudiants de Louvain (le Loko) au moment du décès, Kenny Van Minsel, a affirmé ce week-end que Sanda Dia avait été victime de racisme de la part du Reuzegom. Sur Twitter, il écrit ceci: "Deux mois avant la mort de Sanda, un incident raciste a été signalé dans notre salle des fêtes. Le club en question était le Reuzegom. La cible était Sanda Dia. Deux mois plus tard, Sanda est mort durant son baptême avec Reuzegom". 


Une affirmation qui relance aussi l'affaire, à deux jours du début du procès, où comparaîtront les 18 membres du cercle Reuzegom, ainsi que les deux autres étudiants qui étaient aux côtés de Sanda Dia pendant les épreuves de ce baptême mortel.