L'association, rejointe par 62.000 citoyens, a intenté une action contre l'État et les trois Régions en vue de contraindre les autorités belges à respecter ses promesses dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Les avocats des demandeurs ont commencé leur plaidoirie mardi en rappelant au tribunal les causes et conséquences du réchauffement climatique, les missions du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) et la notion de "réchauffement climatique dangereux".

Après avoir rappelé le principe de l'effet de serre et expliqué que la Belgique avait approuvé tous les rapports du GIEC prévoyant un réchauffement climatique significatif d'ici 2100, Me Carole Billiet a axé sa plaidoirie sur la menace que représente ce réchauffement.

"Un réchauffement climatique dangereux correspond à un moment où les écosystèmes ne peuvent plus s'adapter. La Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a établi qu'une augmentation d'entre 1 à 2°C est le seuil à ne pas dépasser. Des décisions ont ensuite été prises de COP en COP [Conférence internationale sur le climat réunissant chaque année les pays signataires de la Convention] pour réévaluer ce seuil. Petit à petit, il a été convenu que le but est de maintenir le réchauffement climatique en-dessous de 1,5°C, tout en soulignant la gravité de la menace et l'urgence à agir", a-t-elle dit.

Et pourtant, la Belgique, qui a marqué son accord à toutes les COP dès 1995, n'a pas respecté ses objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre, a souligné l'avocate. "En 2018, la baisse était de 17,9% par rapport à l'année de référence 1990, donc loin des 25% minium à atteindre, et encore plus loin des 40% à atteindre pour un pays 'leader' comme la Belgique", a-t-elle exposé.

"Des impacts sont déjà observables, notamment une acidification et une désoxygénation des océans, aux conséquences sur la biodiversité marine. Des 'seuils de basculement', moment où les facultés d'adaptation des écosystèmes diminuent, sont déjà atteints au Pôle Nord et dans les récifs coralliens tropicaux. Des changements climatiques abrupts peuvent être irréversibles. En Belgique, des inondations consécutives à l'augmentation du niveau de la mer sont à prévoir, tout comme des vagues de chaleur, qui ont déjà causé la mort de nombreuses personnes et causeront d'autres décès encore, en plus grand nombre. Nous subissons déjà tant de conséquences dans la vie individuelle et dans la vie en société. Or, après 2100, les futures générations devront vivre aussi", s'est exclamée Me Billiet.

Celle-ci et son co-plaideur, Me Luc Depré, ont ensuite dressé tous les manquements de la Belgique à ses engagements sur le plan mondial, européen et national.

"La Belgique ne donne aucune précision sur les mesures qu'elle doit entreprendre, elle ne donne aucun calendrier et elle ne précise pas non plus quelle est la portée des mesures dans le temps. Il y a de graves lacunes constatées à ce jour et plusieurs institutions, dont le Sénat, s'en alarment", a déclaré Me Depré.

Dans ce "procès climat", l'asbl Klimaatzaak attaque l'État fédéral, la Région de Bruxelles-Capitale, la Région flamande et la Région wallonne pour violation des droits de l'homme et de l'enfant. L'association, portée par quelque 62.000 personnes qui se sont jointes à son combat judiciaire, considère que les autorités politiques belges mettent en danger les citoyens en ne respectant pas les engagements qu'elles ont pris au niveau européen et mondial pour ralentir les émissions de CO2 du pays.

Les demandeurs entendent obtenir du tribunal qu'il contraigne ces quatre instances politiques à agir immédiatement, en commençant par réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 42% d'ici 2025, sous peine d'astreintes d'un million d'euros pour chaque mois de retard pris sur l'exécution de la décision.