Le coupable est également condamné à une amende pénale de 1.600 euros et à verser des dommages et intérêts de 500 euros à l'animatrice de la RTBF, ainsi qu'à la RTBF elle-même et à Unia, l'organe public de lutte contre la discrimination et de promotion de l'égalité des chances. Le tribunal a estimé que les faits, une incitation à la haine et à la violence au travers de propos racistes dans un commentaire d'une vidéo de Cécile Djunga, sont établis.

Dans cette séquence datant de septembre 2018, l'animatrice dénonçait, en larmes, le racisme dont elle est victime régulièrement depuis qu'elle est entrée en fonction comme présentatrice de la météo sur la chaîne de télévision publique, en 2017.

L'auteur des propos avait tenu un discours insultant au sujet des origines africaines de l'animatrice de télévision, en sous-entendant qu'elle n'avait aucun droit de se plaindre, avant de terminer par dire: "si vous deviez subir une agression, espérons-la mortelle. Je ne dénoncerai pas l'agresseur, je le féliciterai bien bas"

Le tribunal a considéré que l'auteur avai.t sans conteste "encouragé ses lecteurs à se montrer violents", qualifiant les faits comme d'une "gravité certaine" et d'un "mépris total pour autrui". Le juge a tenu compte de la "violence des écrits", de l'"absence totale de remise en question" de l'auteur mais aussi de ses antécédents judiciaires.

Le juge s'est également dit "inquiet" de constater que le prévenu "ne comprend toujours pas l'inadéquation de son comportement". Il a précisé que, par ce jugement, il était nécessaire de rappeler à celui-ci que "si la liberté d'expression est un droit fondamental, elle n'est pas absolue et ne peut en aucun cas servir de paravent à ses propos haineux pour lui permettre d'en faire une règle de vie".

Le prévenu, A.V., un homme originaire du Hainaut, faisait défaut à son procès. Il avait néanmoins comparu à la première audience, lors de laquelle il avait affirmé n'avoir aucun regret pour ces paroles tenues sur Facebook en septembre 2018, précisant qu'il serait même plus virulent à l'avenir.

Outre ces propos racistes incitant à la haine à l'égard de Cécile Djunga, il a été reconnu coupable d'avoir tenu des propos de même type à l'égard d'autres personnes et coupable d'avoir tenu des propos négationnistes.

"Un signal important"

L'organe public de lutte contre la discrimination et de promotion de l'égalité des chances (Unia) s'est réjoui mardi de la condamnation de l'internaute qui avait publié un message haineux à l'encontre de la présentatrice de la RTBF Cécile Djunga. L'organisation souligne qu'il est important que "la justice rappelle que tout n'est pas permis sur les réseaux sociaux." Pour l'organisme, il s'agit également d'un signal important pour la lutte contre la "cyberhaine". "On constate depuis plusieurs années que les réseaux sociaux constituent pour certains une sorte de défouloir. On y fait étalage de sa haine sans se soucier des conséquences de ses propos sur les personnes et sur la société. Ce phénomène est accentué?par un certain sentiment d'impunité. Unia se réjouit donc que la justice rappelle encore une fois qu'il y a aussi des limites sur les réseaux sociaux", souligne le directeur d'Unia, Patrick Charlier.

Ce dernier a aussi salué le courage de Cécile Djunga, ainsi que sa détermination dans le cadre de cette affaire. "Grâce à sa notoriété et à sa visibilité, elle s'est fait la porte-voix de la lutte contre le racisme et montre à toutes les victimes de racisme l'importance de dénoncer les messages de haine."