Le rapatriement des illégaux afghans n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît : le gouvernement de Kaboul met lui aussi des bâtons dans les roues (voir LLB du 23/10). Sur décision de leur capitale, les diplomates afghans en poste à Bruxelles ne délivrent qu’au compte-gouttes le laissez-passer permettant aux demandeurs d’asile déboutés de retourner dans leur pays. Ils ne le font que lorsque le rapatriement est volontaire, explique le consul afghan Mohammad Ismail Javid. Or, le nombre de rapatriements volontaires est très faible : 55 illégaux afghans ont accepté de retourner dans leur pays en 2012, sur un total de 1 537 ordres de quitter le territoire belge.

Les diplomates afghans admettent que seulement "quelques" Afghans ont reçu un laissez-passer. L’Office des étrangers délivre alors un laissez-passer européen en espérant que les Afghans se mettent en règle avec leur administration peu après leur rapatriement au pays.

Une question de solidarité ?

Les raisons de ce blocage afghan restent obscures. Kaboul cite, en premier lieu, le climat d’insécurité qui subsiste en Afghanistan, malgré la présence d’une force internationale qui a culminé à 130000 soldats. L’année 2014 consacrera le retrait définitif des unités combattantes de l’Isaf et l’élection d’un nouveau président. "En Afghanistan, on ne peut pas vraiment garantir la sécurité des personnes", assure le diplomate afghan.

L’autre raison est que les agents consulaires afghans ont bien du mal à identifier l’origine des personnes. "Quand elles ont introduit une demande d’asile politique, elles n’ont évidemment pas contacté l’ambassade", ajoute M. Jawid. "Parmi elles, il y a des Pakistanais et des Iraniens. Ils savent que la situation en Afghanistan est difficile et se font passer pour des Afghans." Comme rien n’est simple, il y a aussi parmi ces "Iraniens" et ces "Pakistanais" d’anciens réfugiés afghans qui sont installés dans ces pays de longue date, voire sont nés là-bas. Kaboul n’a pas du tout envie de les voir revenir car le pays ne peut pas les accueillir. Environ deux millions de réfugiés afghans vivent au Pakistan et un peu moins d’un million en Iran. Cinq millions sont rentrés en Afghanistan depuis 2002, selon le HCR.

La vraie raison pourrait être que les diplomates afghans restent solidaires des jeunes venus tenter l’aventure en Europe. La diaspora fait vivre des familles. Seuls 9300 Afghans vivent en Belgique en toute légalité. L’an dernier, les diplomates afghans ont été appelés par l’Office des étrangers pour tenter d’identifier les vrais et les faux Afghans. "On pose des questions sur leur village, leur famille", dit le consul afghan. "Ce n’est pas évident."