ANALYSE

Une chose est sûre: les grandes manoeuvres pour la constitution de futures majorités communales et... fédérale ont bel et bien commencé. Le passé a déjà démontré que les accords pouvaient parfois être scellés un, voire deux ans avant le scrutin, malgré les dénégations des principaux intéressés. Tentons donc de décoder les derniers positionnements en la matière.

Dans «Le Soir» d'hier, le président du MR, Didier Reynders, a proposé, ni plus ni moins, de faire voter une motion de défiance constructive à l'égard... non pas du PS qui traverse une période un peu difficile pour l'instant, mais bien à l'égard du CDH, partenaire du PS à la Région et à la Communauté. Le péché du CDH? Etre un partenaire faible, trop faible par rapport au PS. Ce serait donc lui, le problème de la Wallonie... Et le CDH serait, aux yeux de Didier Reynders, responsable du gâchis que constitueront les deux prochaines années à la Région wallonne puisqu'il suppose que plus rien d'intéressant ne s'y passera. Conclusion de Reynders: il faut donc virer le CDH. Avec l'appui de qui? Des écologistes, clame Didier Reynders, avec qui il entretiendrait les meilleurs rapports. Mais cela ne serait pas suffisant en termes de voix: il faudrait donc que le PS vote aussi la motion de défiance constructive que souhaite déposer le MR, un parti «demandeur à tout moment, d'entrer dans une majorité pour gérer mieux la Région wallonne» dit-il. En clair, Reynders estime que le MR serait mieux à même que le CDH de mater le PS. Mais son propos cache mal sa volonté de revenir au pouvoir à la région et dans certaines communes et de s'y maintenir au fédéral.

Di Rupo interloqué

La sortie de Reynders est un peu alambiquée. Elio Di Rupo en perd ses repères: «Je constate une nouvelle fois que Reynders vit par vagues d'humeur! Sous la précédente législature, il s'est attaqué au CDH pour le détruire, histoire de faire grimper son parti. Mais il a raté le CDH et a dès lors porté des attaques tous azimuts contre le PS... Et maintenant, il flirte avec Ecolo et ré-attaque le CDH!»

Les écologistes s'étonnent que Reynders découvre, un peu tard, les vertus de l'arc-en-ciel, lui qui n'en a jamais été un fervent supporter: «On a risqué notre peau dans un pôle des gauches... Ce n'est pas pour se détruire à présent dans un pôle des droites: l'écologie n'est pas soluble dans le socialisme ou dans le libéralisme...» disent les Verts.

Alors, kamikaze, ce Reynders? Machiavel? Plutôt, oui.

Sa sortie constitue tout d'abord un signal envoyé aux autres partis en fonction des prochaines élections communales. Tandis que le président du PS, Elio Di Rupo, carbonisait la semaine dernière les responsables d'Ecolo, estimant que «les électeurs écolos n'avaient pas les dirigeants à la hauteur de leurs espoirs», le chef de file MR tente habilement de récupérer l'appareil Ecolo en le flattant. Pourquoi? Le PS pourrait perdre, le soir du 8 octobre, plusieurs bastions. Le MR espère déjà récupérer une partie de ces villes, dont, pourquoi pas, Charleroi et Liège, pour lesquelles il invite les écologistes à partager la gestion. Le PS a compris la menace un peu tard. Dès hier, certains responsables socialistes proposaient aux écologistes de reparler des alliances futures.

Barrer la route du CDH

Voilà pour le niveau communal. Mais les propos de Reynders ont aussi une portée fédérale. Car la tentative de déstabilisation du CDH est indispensable si les libéraux veulent rester au pouvoir au gouvernement fédéral. En flinguant le CDH et en s'abstenant de toute critique fondamentale à l'égard du PS, le président du MR veut aussi, reséduire les socialistes. Le but est de barrer la route au CDH et d'éviter la contagion des majorités PS-CDH, en place à la Région et à la Communauté (et à Bruxelles avec les écologistes).

En clair, Didier Reynders suggère aussi aux socialistes de poursuivre l'expérience violette (PS-MR) en place au fédéral depuis 2003, si bien sûr, l'électeur rend l'alliance possible. Car Didier Reynders poursuit peut-être un autre dessein: celui, un jour, de devenir Premier ministre belge. Impossible? Pourquoi? L'image de Di Rupo a été fortement ternie ces derniers temps, notamment en Flandre. Verhofstadt n'a peut-être plus le dynamisme nécessaire pour rempiler. Et le CD&V Yves Leterme fait peur à tous les francophones...

Conclusion? Curieusement, tous les partis sont à nouveau en train de ménager le Parti socialiste. Etonnant retournement de situation.

© La Libre Belgique 2006