Guy Rapaille, le président du Comité R (en charge du Contrôle des services de renseignements), a fait savoir ce mercredi que la Sûreté de l’Etat avait des informations concrètes sur Patokh Chodiev, au cœur du Kazakhgate, depuis les années 94-95-96. Dès cette époque, elle établit des liens entre l’homme d’affaires et la mafia russe. Pourtant, lorsqu’il introduit une demande de naturalisation en 96 pour devenir belge, la Sûreté envoie peu après un rapport à la commission des Naturalisations sur lequel elle indique “RAS” (“Rien à signaler”).

“C’est étonnant”, a commenté M. Rapaille, ce mercredi matin, devant la commission d’enquête parlementaire sur le Kazakhgate. “Je ne connais pas la raison” pour laquelle la Sûreté de l’Etat a mentionné “RAS” sur l’avis concernant Chodiev. Or, selon le patron du Comité R, qui se base sur des documents déclassifiés par la Sûreté, il apparaît que les renseignements “continuent à s’intéresser” à Chodiev après son obtention de la nationalité belge.

Deux rapports de police

Guy Rapaille a par ailleurs confirmé qu’il y a eu deux rapports de police sur le cas Chodiev effectués par la police de Waterloo. Le premier, datant de 1996, est clairement défavorable. L’agent de quartier y indique qu’il n’est “pas opportun de se précipiter dans la demande de naturalisation” de l’homme d’affaires, selon les propos cités par M. Rapaille.

Pourtant, dans le rapport transmis par la police au parquet de Nivelles en 1997, et qui sera repris dans le dossier de naturalisation de Chodiev, l’avis est favorable. Le nom de Michel Vandewalle, chef de corps de la police de Waterloo, apparaît sur ce second rapport. Par le passé, ce dernier avait déjà indiqué qu’il n’en était pas l’auteur. S’agit-il d’un faux ?


Deux faux documents sur la qualité de Chodiev, selon le commissaire Vandewalle

Le commissaire de police de Waterloo Michel Vandewalle a confirmé mercredi que, selon lui, deux "faux" ont été rédigés dans le cadre de la naturalisation de Patokh Chodiev. Ce dernier suggère aux commissaires la possibilité d'une cabale organisée via un ancien subalterne. Il s'en est expliqué à hui clos. 

Le premier "faux" évoqué par le commissaire est présenté comme un document rédigé fin 1996 par un brigadier de Waterloo évoquant des informations de la Sûreté sur de possibles liens entre Chodiev et la mafia russe alors que de telles informations n'arriveront à la police de Waterloo qu'en 1998 après la naturalisation de M. Chodiev. Le PV invite à ne pas se presser dans le dossier naturalisation. Apparu dans la presse début des années 2000, ce document sera écarté par le Comité P en 2002.

Le deuxième "faux" rapporté par Michel Vandewalle, et louant cette fois l'intégration de Chodiev a été signé de la main de ce dernier - une imitation, selon lui - le 10 décembre 1996 et envoyé au Parquet de Nivelles.

Dans le dossier, le seul document avéré, d'après Michel Vandewalle, est celui figurant au dossier naturalisation, rédigé par l'ex-commissaire adjoint Fernand Fagot, faisant état d'une relative compréhension du français par M. Chodiev. Mais la copie a disparu des archives de la police de Waterloo.

Ces documents ont circulé à une période de tensions entre le trio kazakhe et Tractebel alors que le vent avait tourné pour l'énergéticien qui avait tenté de rattraper par leur intermédiaire un investissement spolié au Kazakhstan. Le trio finira par bénéficier d'une transaction pénale après un élargissement de la loi. Cette évolution législative figure au coeur des travaux de la commission d'enquête parlementaire.