Belgique

Khalid Zerkani, est-il bien un des principaux recruteurs pour le jihad en Syrie qui était actif sur le terrain bruxellois avant son arrestation en février 2004 ? Il a réfuté cette étiquette que lui colle le parquet fédéral jeudi à l’ouverture de son procès et de trente autres personnes devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

Dans ce dossier, qui est le premier dossier syrien jugé à Bruxelles, une vingtaine de personnes sont parties pour la Syrie. Et pas seulement en tant que combattants : il y a là des familles entières. Une mère de 54 ans y a séjourné plusieurs mois avec - ce qu’elle conteste - ses deux filles de 13 et 14 ans. Trois de ses fils ont aussi rejoint la Syrie. L’un y serait mort, un deuxième y serait toujours tandis qu’un troisième - qui comparaît détenu - y a fait quatre séjours en Syrie.

Le vol pour financer le jihad

Ce volet familial est une des particularités de ce dossier. Une autre est que ce groupe autour de Khalid Zerkani s’inscrirait dans la tendance Takfir, à savoir un courant violent du salafisme jihadiste qui autorise le vol pour financer le jihad.

En témoignerait l’important butin retrouvé - appareils photos, caméscopes, tenues de sport, bijoux etc. - qui aurait pu avoir été volé à la gare du Midi à Bruxelles.

Il aurait servi à récompenser ou encourager des jeunes prêts à partir pour la Syrie. D’où le surnom de "Papa Noël" dont Khalid Zerkani a été gratifié.

Ce Marocain de 41 ans n’avait par ailleurs plus de revenus déclarés depuis 2010. Ceux-ci s’étaient alors élevés à seulement 21 000 euros. "Je ne voulais pas émarger à l’aide sociale", se gausse-t-il, en expliquant que ses derniers loyers auraient été financés d’une part par ses économies; et, d’autre part, par des ventes effectuées sur des marchés.

Ce qui ne convainc pas le tribunal car on ne retrouve trace d’une telle activité au cours des observations policières menées entre avril 2012 et février 2014.

La famille d’un jeune parti en Syrie considère Khalid Zerkani comme l’homme qui avait convaincu leur fils ou leur frère de rejoindre le jihad.

Furieuse, cette famille avait mobilisé une quinzaine de personnes pour venir lui donner une bonne leçon à la sortie d’une mosquée radicale de Molenbeek où il avait l’habitude de prêcher.

Aucun aveu

Mais Zerkani le nie. Il réfute les témoignages qui l’accusent d’avoir chauffé à blanc les jeunes aux sorties des mosquées. "J’ai dit à ces jeunes : Ne cassez pas votre tête. La Syrie c’est l’affaire des gens de là-bas. C’est quelque chose de plus grand que nous."

Et chaque fois que le président du tribunal lui cite le nom d’un jeune qui, selon les témoignages, serait parti en raison de l’influence qu’il exerçait sur eux, il a nié les connaître véritablement.

Un de ceux-ci, qui a fait quatre séjours en Syrie, l’avait accusé en cours d’enquête. Aujourd’hui, il n’ose plus accuser l’homme qui est à quelques mètres de lui : "J’ai préféré dire des mensonges plutôt que de prendre sur moi."