Même après avoir dormi une nuit dessus, le vote flamand unanime à la Chambre - à l'exception d'Herman De Croo qui s'est abstenu - en faveur de la prise en considération d'une proposition de résolution du Vlaams Belang qui demande le «démembrement» de la Belgique, reste tout aussi inexplicable et inacceptable pour les Belges francophones. D'abord, parce que cette résolution est étayée par une présentation totalement déformée et partisane de l'Histoire de la Belgique qui ne peut que pousser à la haine contre les francophones. Ce serait faire trop d'honneur à ses auteurs, les députés Annemans et Laeremans que de citer leurs élucubrations hypernationalistes, mais lorsqu'on lit que «la Flandre est exploitée comme une conquête territoriale par la Belgique/Wallonie», la messe (intégriste) est déjà dite...

Les partis démocratiques flamands précisent, la main sur le coeur, que leur soutien à la prise en considération n'est que de pure forme. Soit, mais le formalisme, voire la liberté d'expression des parlementaires, a quand même des limites, même si le président De Croo nous a confié qu'il n'avait pas pu empêcher la députée Frieda Vantemsche de lancer un «België barst» tout aussi inacceptable... et qu'il ne pourrait pas davantage faire taire un discours négationniste au Palais de la nation.

On rafraîchira aussi la mémoire des députés flamands démocrates en rappelant que les propositions de loi demandant l'amnistie pour les collabos du nazisme ne passaient jamais la rampe auprès de leurs prédécesseurs parce qu'ils ne voulaient pas prêter main forte à la Volksunie d'abord, au Vlaams Blok ensuite. Il y eut certes ensuite le décret Suykerbuyk mais, cette fois, c'était le CVP en personne qui était à la manoeuvre...

L'effarement francophone s'explique aussi par le double langage des partis traditionnels flamands. Bigre, lors des agressions racistes d'Anvers, ils excommuniaient définitivement le VB, jurant leurs grands dieux que jamais, ils ne serviraient de marchepied à leur accession à quelque niveau de pouvoir. Karel De Gucht fut très clair et... jeudi, le VLD joignait ses voix pour la prise en considération. Un double langage qui surprend, mais le trouble grandit encore devant la banalisation récurrente de l'extrême droite. Dans certains médias, on interroge toujours ses leaders et leurs interventions sont mises sur le même pied que celles des démocrates. Et quand le cordon sanitaire saute, comme jeudi, le sujet n'est traité que par une brève dans la presse de qualité.

Plus encore: si l'extrême droite est banalisée, la fin souhaitée de la Belgique ne fait pas se froncer un seul sourcil. Et plus seulement dans la presse. A un an de la mère de toutes les négociations communautaires, le séparatisme et la mise en cause de la monarchie ne sont plus des tabous. Y compris dans les partis de l'establishment. De plus en plus de chefs d'entreprise, même très modérés, se demandent si les auteurs du manifeste «in de la Warande» n'ont pas vu juste et font la moue face aux scandales politiques wallons. Les francophones doivent, à l'évidence, ne pas se bercer d'illusions...

© La Libre Belgique 2006