L'anglais en puissance

L'anglais en puissance
© Johanna de Tessières

Belgique

V.R.

Publié le

Il est très difficile de quantifier la connaissance des langues d'une population. Par nature, c'est une donnée fort subjective. Tel individu pourra prétendre bien connaître une langue sans bien la maîtriser alors que tel autre, pourtant plus apte à la pratiquer, dira qu'il est loin de la posséder.

L'exercice est d'autant plus délicat en Belgique que l'Institut national de statistiques (INS) n'est plus autorisé, depuis 1949, à sonder les habitants sur leur connaissance des langues. On ne peut même plus déterminer, avec exactitude, combien il y a de néerlandophones, de francophones et de germanophones en Belgique. Inutile de dire que la mesure du niveau de la connaissance d'une seconde langue dans la population est encore plus insaisissable. On l'a déjà dit: la Belgique est une tour de Babel à étages séparés.

Pour se faire une idée, il faut donc procéder par coup de sondes. Auprès des employeurs par exemple. D'une manière générale, Baudoin Velge, directeur à la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) constate que la connaissance de l'anglais est en hausse dans le pays. En Flandre surtout, mais aussi en Wallonie. `Petit à petit, observe-t-il, le niveau de connaissance de l'anglais chez nous se rapproche du niveau atteint aux Pays-Bas ou dans les pays scandinaves.´ En revanche, la connaissance de la deuxième langue nationale a tendance à se flétrir. D'après lui, le français perd chaque jour du terrain en Flandre. Et si, en Wallonie, le néerlandais semble mieux maîtrisé, `cela reste largement insuffisant.´ Baudoin Velge affirme pourtant qu'en Belgique, la maîtrise de la seconde langue nationale reste plus importante que l'anglais. `Dans les écoles, on prétend pourtant parfois le contraire.´

Insatisfaction scolaire

La montée en puissance de l'anglais est confirmée par un double sondage réalisé en 2001 par l'Inra à la demande de l'association Tibem (Tweetaligheid in beweging/Bilinguisme en mouvement), une association créée en 1998 par la sénatrice Magdeleine Willame (CDH) et le secrétaire d'Etat bruxellois Robert Delathouwer (SP.A). L'enquête, effectuée en deux temps, révèle que, de fait, l'apprentissage de l'anglais est très prisé en Belgique. Singulièrement en Wallonie où 52 pc des élèves suivent au moins un cours d'anglais alors que seuls 44 pc d'entre eux apprennent le néerlandais. En Flandre, le français reste l'option la plus courue (77 pc des jeunes), mais là aussi l'anglais augmente sa force d'attraction.

Sans surprise, les parents et leurs enfants considèrent que le bilinguisme est très important. Sur le sujet, les opinions positives frisent les 80 pc. Mais ce désir fortement exprimé semble mal récompensé à l'école. L'enseignement des langues est en effet jugé peu satisfaisant. Quarante-trois pc des adolescents francophones trouvent les cours ennuyeux, trop théoriques. Et 28 pc des parents jugent que l'apprentissage des langues intervient trop tard dans la scolarité de leurs enfants. Ces scores aussi mitigés expliquent sans doute le succès des formules d'apprentissage extra-scolaire (stage de langue, séjour à l'étranger, etc.). Quarante-cinq pc des familles wallonnes (20 pc en Flandre) avouent avoir eu recours, au moins une fois, à un mode d'apprentissage parallèle pour leur enfant. A l'évidence, l'école va devoir repenser sa façon de faire.

Et pourquoi pas essayer l'immersion? D'après l'enquête, 10 pc des adolescents suivent un enseignement dans une autre langue que leur langue maternelle. Et cela ne leur poserait pas le moindre problème.

Adresse de contact de Tibem: Magdeleine Willame, av. Grandchamps 282, 1150 Bruxelles. Tel : 02/501.75.49 -

© La Libre Belgique 2003

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