Maître Alexis Deswaef, conseil d'Ebenizer Folefack Sontsa, le ressortissant camerounais qui s'est suicidé jeudi à Merksplas, attend que la ministre de l'Asile et des Migrations fasse la lumière sur ce qui s'est passé au centre fermé et "ne se contente pas de communiqués laconiques".

L'avocat estime que son client entrait dans les critères nouveaux de régularisation. Il demande que ceux-ci soient rapidement définis de façon complète et qu'en attendant, on suspende toute expulsion car, dans l'incertitude actuelle, les sans-papiers sont de plus en plus nerveux. Me Deswaef s'inquiète aussi de l'agressivité des forces de l'ordre et du fait qu'on "ne puisse pas faire confiance à une administration comme l'Office des étrangers".

Il avance, en effet, que, contrairement à ce que celui-ci affirme, son client n'a pas fait l'objet d'une 2e tentative d'expulsion mais d'une première, le 26 avril. La commission Vermeersch qui a défini, à la suite de la mort de Semira Adamu, les conditions d'une expulsion a, explique Me Deswaef, indiqué qu'il fallait commencer par inviter un étranger sous le coup d'un ordre de quitter le territoire à s'exécuter. C'est ce que l'avocat appelle la première tentative. Si l'étranger refuse, il s'agit de l'accompagner psychologiquement pour qu'il se fasse à l'idée d'être expulsé. Ensuite, on passe à la 2e phase, en emmenant l'intéressé dans l'avion censé le ramener vers son pays. S'il s'oppose à l'opération, il est reconduit au centre avant une expulsion menée sous escorte. Selon Me Deswaef, on serait tout de suite passé à une deuxième tentative. "M. Folefack est rentré à Merksplas traumatisé. Une amie lui a rendu visite le 28. Il ne pouvait plus bouger le cou", commente Me Deswaef. "Il a demandé une aide psychologique. Le centre voulait confier cette aide au secteur privé. La communauté camerounaise se cotisait pour lui envoyer un psychiatre. En attendant, son amie, qui ne lui a trouvé aucune tendance suicidaire, a tenté de le raisonner. La panique semble avoir saisi M. Folefack quand il a appris, mercredi, qu'il serait placé dimanche en cellule d'isolement avant une expulsion prévue lundi. Mais s'est-il pour autant pendu ? N'y a-t-il pas eu autre chose ?" se demande l'avocat, qui cite des témoignages faisant état de l'administration de substances douteuses aux étrangers en voie d'être expulsés.

De son côté, Dominique Ernould, porte-parole de l'Office des étrangers, confirme la procédure prévue par la commission Vermeersch mais affirme qu'on arrête toujours les opérations d'expulsion quand la personne se montre agitée ou agressive. Mme Ernould est formelle : aucune expulsion ne se fait sans une analyse circonstanciée du dossier. "L'Office" dit-elle "ne prend aucun risque en la matière."