Chaque année, depuis la rentrée scolaire 2006-2007, sont organisées des épreuves externes non certificatives portant successivement sur la lecture/production d’écrit, les mathématiques et les sciences/l’éveil. Elles concernent, tous réseaux confondus, les élèves de 2e et 5e années primaire; les élèves de 2e année commune, complémentaire et différenciée de l’enseignement secondaire; tous les élèves de 3e, 4e ou 5e année secondaire ainsi que certains enfants de l’enseignement spécialisé.

Rappel, ces évaluations revêtent un caractère diagnostique, c’est-à-dire qu’elles visent à informer les équipes éducatives des acquis des élèves. Le Secrétariat général de l’enseignement catholique (Segec) analyse ainsi régulièrement les résultats des écoles de son réseau aux épreuves externes non certificatives. Ainsi, en regard des résultats de l’évaluation de mathématiques en 2e secondaire en 2007-2008, "on constate que certaines écoles scolarisant un public particulièrement défavorisé produisent des résultats aux évaluations externes particulièrement encourageants", fait remarquer Etienne Michel, directeur général du Segec. A l’inverse, certaines écoles scolarisent un public particulièrement favorisé, mais dont les résultats sont décevants, moins bons que la moyenne des établissements scolaires."

Un constat que Benoît De Waele, du service d’étude du Segec, a étayé au travers de la recherche "Pratiques d’écoles et équité".

Pour identifier les écoles présentant de "bons résultats", M. De Waele a passé à la loupe les résultats des épreuves externes non certificatives en lecture et en mathématiques. Avec en ligne de mire, cette question : "A classe égale d’indice socio-économique (ISE), quelles écoles en encadrement différencié (qui accueillent un public socio-économiquement précarisé) amènent-elles proportionnellement plus d’élèves vers des niveaux de compétences attendus ?", indique-t-il. Il a ainsi épinglé 12 écoles (cinq établissements secondaires et sept écoles fondamentales).

Parmi elles : une école secondaire de la zone de Charleroi-Hainaut sud qui accueille un public particulièrement précarisé. Lors de l’épreuve de lecture de 2007, elle comptait 13,9 % de plus d’élèves ayant atteint les seuils de compétences attendus que la moyenne des écoles de même classe socio-économique de la Communauté française. Et 22,7 % de plus pour l’évaluation en maths de 2008 et 12 % de plus pour l’épreuve de lecture en 2010.

Comment certaines écoles avec un ISE défavorable parviennent-elles donc à obtenir, à moyens équivalents, des résultats encourageants ? Pour le savoir, Benoît De Waele est parti à la rencontre des directions des 12 écoles identifiées comme affichant de "bons résultats". Il a ainsi pu dégager des "bonnes pratiques" scolaires s’articulant autour de quatre axes.

1Le mode de direction. "Les directeurs que j’ai rencontrés jouent un rôle essentiel de pilote pédagogique, rapporte M. De Waele. C’est-à-dire qu’ils sont convaincus que par leur action ils peuvent changer les choses; qu’ils ont identifié, à un moment donné, un défi, sur lequel ils ont mobilisé leur équipe; et qu’ils sont des leaders encourageant leur équipe à chercher des solutions et pas seulement à relever des problèmes."

2L’approche pédagogique. "Ces écoles ont une approche pédagogique à la fois confiante et volontariste, poursuit l’auteur de la recherche. Confiante dans le fait que tous les élèves peuvent arriver à de bons résultats s’ils travaillent et, d’autre part, dans le fait que les enseignants ont une influence sur les résultats. Volontariste dans le fait que ces écoles restent exigeantes par rapport au niveau de résultats attendu des élèves et par rapport au travail personnel quotidien." Pour ce faire, elles proposent divers moyens : remédiation, prises en charge des élèves en-dehors du temps scolaire, etc.

3Le fonctionnement pédagogique. "Dans ces écoles, on exige un engagement professionnel, mais aussi et surtout un fonctionnement collectif, une bonne coordination entre enseignants."

4Le climat scolaire. Celui-ci s’appuie, notamment, sur "la cohérence et le respect des règles, pointe Benoît De Waele, mais aussi sur la qualité des relations que les enseignants doivent avoir avec les élèves et la qualité des temps d’apprentissage".

A la lumière de ces observations, Etienne Michel relève : "Il n’y a pas de fatalité à l’échec scolaire. La qualité des pratiques des établissements a une incidence sur la réussite scolaire." Alors que la qualité de notre enseignement est souvent pointée du doigt, il insiste : "Ne croyons pas que l’amélioration du système éducatif passe nécessairement par de grandes réformes de structures ou passe nécessairement par l’injonction de moyens supplémentaires."