Belgique

Des cours de religion islamique seront-ils organisés, à l’avenir, dans certaines écoles libres de Wallonie et de Bruxelles ? La question mérite d’être posée, si l’on en croit Etienne Michel, directeur général du Segec, la coupole qui supervise l’enseignement catholique en Belgique francophone. "Ce serait une possibilité laissée aux établissements, absolument pas une obligation" , précise toutefois le responsable, contacté par "La Libre" .

En Flandre, la place de l’islam dans l’enseignement catholique occupe depuis plusieurs jours le devant de l’actualité. Lieven Boeve, l’homologue néerlandophone d’Etienne Michel, a annoncé qu’une réflexion était en cours au sein de son organisation afin de laisser davantage de place aux élèves musulmans. Le débat n’a pas tardé à déborder sur le terrain politique, où la surchauffe a été alimentée par certains partis (lire ci-contre) .

Musulmans bienvenus

Côté francophone, le Segec défend une ligne proche de son pendant flamand, à quelques nuances près. "Tous les musulmans sont les bienvenus dans l’enseignement catholique", insiste Etienne Michel. Lequel se montre également ouvert quant à la mise en place de cours de religion islamique. "Dans un contexte parascolaire, le samedi matin par exemple, ça ne me paraît pas impossible. A mon sens, ce ne serait pas idiot d’y réfléchir."

L’intérêt d’une telle formation serait double. "Permettre à chaque élève d’entrer dans l’intelligence de sa propre religion et cultiver chez chaque élève un rapport intelligent au religieux. Car qui dit cours, dit raison, analyse, recul."

Le cours de religion catholique resterait cependant le seul cours confessionnel admis dans la grille horaire. "Notre réseau n’a d’ailleurs pas le droit d’en organiser d’autres, souligne Etienne Michel. Tous les élèves, quelle que soit leur conviction, suivent ce cours, qui est par excellence celui où se pose la question du sens."

Le cours de religion islamique se déroulerait dès lors "dans un cadre purement volontaire, selon le souhait des écoles, de façon purement parascolaire, en dehors de toute subvention publique".

Par rapport au voile, Etienne Michel se montre plus réticent, "mais pour des raisons davantage sociologiques que religieuses".

"On s’est rendu compte que, dans les écoles où le voile est autorisé, lorsqu’il devient majoritaire parmi les jeunes filles musulmanes, une pression s’exerce sur celles qui ne le portent pas." Par conséquent, le Segec recommande aux écoles d’intégrer dans leur règlement d’ordre intérieur une disposition interdisant tout couvre-chef, religieux ou non.


En Flandre, Bart De Wever donne dans la surenchère

Gare à l’échauffement des esprits. Depuis que Lieven Boeve, principal responsable de l’enseignement catholique en Flandre, a défendu en public sa ligne d’ouverture à l’islam, le sujet est devenu explosif. "Les réactions montrent qu’il existe une crainte profonde de soumission, d’assujettissement à l’islam", constate Bart Sturtewagen, rédacteur en chef du quotidien "De Standaard". En réalité, le débat excède le cadre scolaire, raison pour laquelle il a pris un tour aussi vif. Selon l’éditorialiste, le raisonnement de nombreux citoyens serait le suivant : "Si, en tant que société, nous autorisons des manifestations publiques de la foi musulmane, alors la société risque de perdre son identité traditionnelle, et nous deviendrons toujours plus minoritaires dans notre propre pays."

Plusieurs responsables politiques, en ordre dispersé, ont commenté l’initiative de Lieven Boeve. Mais c’est à nouveau la N-VA qui a réagi avec le plus de tranchant. Dès mercredi, Bart De Wever, président du parti indépendantiste et bourgmestre d’Anvers, a fustigé la direction de l’enseignement catholique flamand."Si on fait de la place pour l’islam à côté du catholicisme traditionnel, on doit être logiques et ouvrir la porte à d’autres philosophies. Pourquoi pas de morale ? Ou de doctrine du Monstre en Spaghettis volant ? Il faut être conséquent. Et en quoi le projet de l’enseignement catholique se distingue-t-il encore ?"

Mis sous pression, Lieven Boeve a précisé que les cours de religion islamique seraient facultatifs, en dehors des heures d’obligation scolaire. "A entendre certains, c’est comme si nous préparions une islamisation de l’enseignement catholique, a-t-il déploré. Je regrette cette surenchère médiatique et politique."

Cet appel à la modération n’a guère eu d’effet sur Bart De Wever. Selon ce dernier, "l’enseignement catholique est occupé à se saborder lui-même". Dans une tribune publiée par "De Morgen", le président de la N-VA a enfoncé le clou : "A Anvers, six élèves sur dix ne parlent pas néerlandais à la maison. Ce n’est pas de cours extrascolaires d’islam qu’ils ont besoin, mais de cours extrascolaires de néerlandais."