Alors que la Chambre abordait l’extension de l’euthanasie aux mineurs, les évêques de Belgique, réunis à Grimbergen, approfondissaient la problématique de la fin de vie avec des experts en matière médicale, juridique, éthique et pastorale. Au terme d’une journée de réflexion intense, ils n’ont pas caché qu’ils “se sentent fortement interpellés par la proposition de loi discutée à la Chambre”. Et se demandent toujours “pourquoi légiférer en une matière aussi délicate, quand on sait qu’aux Pays-Bas une pareille loi existe depuis 2006, mais n’a pratiquement jamais dû être appliquée”. “A partir de là”, explique à “La Libre” leur porte-parole, le P. Tommy Scholtes, s“ils ont creusé les enjeux sous-jacents et veulent les faire partager”. 

Pour la Conférence épiscopale le premier enjeu est, ni plus, ni moins, l’interdiction de tuer à la base de la société. “En ouvrant la porte à l’euthanasie des mineurs, on court le danger de vouloir l’étendre aux handicapés, aux personnes démentes, aux malades mentaux, et même à ceux qui sont fatigués de vivre. On risque de changer le sens de la vie et d’accorder la valeur d’humanité qu’à ceux qui sont capables de reconnaître la dignité de leur propre vie. Cela introduit le doute sur la valeur de certaines vies humaines”, disent les évêques.

Oui à une mort digne, mais…

Ils épinglent aussi le changement de la pratique médicale, lié aux grands progrès de la médecine. “Quand la médecine arrive au bout de ses possibilités, on passe du tout au rien et on est tenté de s’orienter vers l’euthanasie”, déplorent-ils constatant qu’ “on oublie le rôle de la sédation, qui apaise la douleur, et l’importance des soins palliatifs, qui préparent sereinement à la mort. Le médecin et le personnel médical en sont ébranlés dans leur pratique, se demandant où ils se situent entre le ‘trop’ de médecine et le ‘plus rien’ de l’euthanasie”.

Les débats ont aussi évoqué le principe de la mort douce mis en avant par les défenseurs de l’euthanasie. Constatant que 70 % des Belges s’y disent favorables, ils partagent évidemment l’idée qu’
“il faut combattre toute forme de douleur et diminuer au maximum la souffrance. Mais quand elle est malgré tout présente, chez le malade, comme chez les proches, ou parmi le personnel médical, comment l’assumer ?”
En fait, leur crainte est de voir diffuser l’idée d’une euthanasie douce. D’où l’importance de se soutenir mutuellement pour traverser les moments de souffrance sans oublier la place de la spiritualité. Ils interpellent dès lors aussi les institutions chrétiennes en leur demandant comment proposer une attitude éthique face à ces défis…