Malika El Aroud, l'épouse d'un des deux pseudo-journalistes qui ont tué en Afghanistan le commandant Ahmed Shah Massoud en faisant exploser leur caméra le 9 septembre 2001, n'a pas désapprouvé lundi devant le tribunal correctionnel le geste de son mari.

Cette femme de 44 ans figure parmi les 23 prévenus qui comparaissent depuis jeudi pour une filière d'acheminement de candidats au Jihad en Afghanistan et pour un projet d'attentat contre la base militaire de Kleine Brogel. Malika El Aroud était, avec son mari Abdelsattar Dahmane, dans l'est de l'Afghanistan lorsque, le 10 août 2001, il lui a dit qu'il devait la quitter pour une mission dans le nord, à savoir interviewer le chef de l'Alliance du Nord, Ahmed Shah Massoud.

"Il était journaliste, c'est la première fois qu'il aurait pu exercer son métier", a-t-elle expliqué, se remémorant avoir alors été ravie et inquiète et démentant avoir été au courant de ses projets d'attentat.

Une fois en présence de Massoud, le caméraman de Dahmane a fait exploser sa caméra. Dahmane a alors été abattu par les gardes du corps de Massoud alors qu'il fuyait.

Elle émet quelques doutes sur le geste de son mari: "On dit qu'il a tué Massoud. Qu'on m'en donne la preuve, il a voulu fuir", a-t-elle expliqué.

Elle ne désapprouve cependant pas l'attentat: "Je vais être franche, je ne vais pas pleurer M. Massoud, si c'est ce que voulez entendre", avant d'ajouter que "c'est dur, c'est terrible, ce n'est pas évident" de connaître le sort de son mari.

A la présidente qui lui demandait si elle approuvait son geste, Malika El Aroud a précisé que "ce n'est pas la question". Quant à savoir si son mari avait agi en héros, la prévenue s'est bornée à dire que "s'il l'avait tué avec une balle de loin, j'aurais préféré".

Malika El Aroud, qui a séjourné à plusieurs reprises en Afghanistan, doit répondre du recel de deux passeports et de recrutement pour une troupe étrangère. Elle a démenti avoir, comme l'accusent d'autres prévenus, collecté de l'argent pour le Jihad.

"A défaut de faire le procès de mon mari, on veut se venger sur moi", a-t-elle dit. Un autre prévenu, Abdelhouaid A., a nié avoir joué un rôle dans cette filière d'acheminement de volontaires vers l'Afghanistan. Il a notamment nié avoir assuré le transport, vers des aéroports, de personnes qui souhaitaient gagner le pays des Talibans.

A l'issue de ces interrogatoires, la présidente a lu les comptes-rendus d'audition de Nizar Trabelsi où il avoue avoir voulu commettre un attentat-suicide contre la base militaire américano-belge de Kleine Brogel. Ce projet a germé alors qu'il se trouvait en Afghanistan où il avait suivi des entraînements militaires.

Ce n'est que le 18 juin 2002, alors qu'il avait été arrêté à Uccle le 13 septembre 2001, que cet ancien footballeur professionnel tunisien a cité Kleine Brogel comme cible. Dans ces aveux, Nizar Trabelsi raconte qu'il avait des problèmes avec d'autres combattants arabes dans l'est de l'Afghanistan.

Il dit avoir alors rencontré à cinq reprises Oussama Ben Laden à Kandahar, qui lui aurait dit de le "considérer comme son père". Nizar Trabelsi, qui dit avoir été impresssionné à la vue de vidéos montrant des atrocités sur des musulmans, dit s'être proposé pour des attentats suicide.

Tout d'abord réticent, Oussama Ben Laden, aurait donné le lendemain son feu vert, a dit Trabelsi. "On m'a alors proposé plusieurs cibles dont une base américaine en Belgique", a-t-il poursuivi au cours de cet interrogatoire, précisant qu'il devait avoir deux complices (un Saoudien et un Yéménite) qui n'ont jamais été identifiés. L'attentat, a expliqué Nizar Trabelsi, aurait dû être commis un jour entre midi et 13h00 et viser la cantine de la base.

La réalité de ces rencontres entre Oussama Ben Laden et Nizar Trabelsi est néanmoins contestée par l'épouse de ce dernier. Halim Amal a ainsi déclaré que si son mari avait vraiment vu Oussama Ben Laden, il s'en serait vanté auprès d'elle qui était alors en Afghanistan avec lui.

A l'issue de ces lectures de procès-verbaux d'audition, Nizar Trabelsi a pris la parole pour tenter de disculper certains des prévenus qui comparaissent avec lui au procès. Il sera interrogé mardi matin.