Poursuites

C’est une organisation - considérée comme une religion dans certains pays comme les Etats-Unis ou comme une secte dans d’autres comme la France - qui sent le soufre. Elle compte peu de membres en Belgique : quelques centaines tout au plus alors qu’elle en revendique plus de dix millions dans le monde, le plus connu étant l’acteur Tom Cruise. Il occuperait un poste important dans cette organisation fondée en 1954 par un écrivain de science-fiction, Ron Hubbard.

Mais la Belgique est un point d’ancrage pour l’Eglise de scientologie. Elle y dispose de son quartier général européen, stratégiquement situé au cœur de l’Europe où le lobbying est intense.

Elle pourrait devoir s’expliquer devant le tribunal correctionnel de Bruxelles si le parquet fédéral obtient son renvoi devant le juge. Des citations lui ont été envoyées, comme le révélait vendredi "De Tijd", pour débattre de cette question devant la chambre du conseil de Bruxelles. Une première audience est fixée en mars. Les débats s’annoncent longs. En renvoyant ou non l’affaire devant le tribunal, la chambre du conseil donnera un signal sur l’orientation des poursuites et la solidité des accusations. S’il y a procès, ce ne sera pas avant plusieurs années.

Le dossier a été ouvert en 2007 à la suite d’informations transmises par Actiris. L’ASBL Eglise de scientologie, établie à Uccle, proposait des recrutements qui n’étaient que des jobs non rémunérés.

Le dossier a été instruit par le juge d’instruction Michel Claise qui a ordonné des perquisitions. L’enquête a débouché sur la découverte d’autres éléments. Les chefs d’inculpation retenus sont l’escroquerie, l’extorsion, des infractions aux lois sur la vie privée, l’exercice illégal de la médecine et l’organisation criminelle. Le parquet fédéral a cité devant la chambre du conseil l’ASBL Eglise de scientologie et deux de ses dirigeants en Belgique.

Ce n’est pas le seul dossier ouvert à l’encontre de l’Eglise de scientologie. En 1997, des adeptes ont porté plainte. L’instruction confiée au juge d’instruction Jean-Claude Van Espen, se résume à 74 cartons, soit autant de milliers de pages. Il avait perquisitionné en 1999. Le parquet fédéral avait dressé un réquisitoire, réclamant le renvoi en correctionnelle de douze personnes physiques et deux personnes morales : l’ASBL Eglise de scientologie de Belgique et le "Bureau des droits de l’homme de l’Eglise de scientologie", émanation directe de la maison-mère de cette riche multinationale.

Pas question ici de secte ou de gourou : ce sont les mêmes infractions de droit commun que dans le premier dossier. L’extorsion de fonds serait associée aux amendes que les adeptes doivent payer dans certaines circonstances; l’escroquerie, à la vente de cours sans valeur réelle ou d’électromètres surfaits; les infractions "vie privée" à la tenue de dossiers intimes à l’extrême sur les adeptes.

Ce premier dossier aurait dû être examiné en 2009 en chambre du conseil. Il a été "mis au frigo" en attendant le second. Ils devraient être regroupés.

Autant d’éléments qui, officiellement, n’inquiètent pas l’Eglise de scientologie, dont une porte-parole, répétait hier que ces accusations ont déjà été jugées dans d’autres pays, avec comme résultat l’expansion de la Scientologie. Même si celle-ci a été condamnée en février à Paris à une amende totale de 600000 euros. La justice française lui reprochait d’avoir profité de la vulnérabilité d’adeptes pour leur soutirer de fortes sommes.