Belgique

Au lendemain des attentats qui ont frappé Bruxelles, mercredi, la réponse européenne se veut rapide et déterminée - comme après les attentats de Paris, en janvier, puis en novembre. Hôte de la Commission européenne, le Premier ministre français Manuel Valls a plaidé, mercredi à Bruxelles, pour l’établissement d’un "pacte européen de sécurité qui aura comme pendant une Europe de la défense capable d’intervenir vraiment sur les théâtres extérieurs". A ses côtés, le président de l’exécutif européen, Jean-Claude Juncker, a prôné la mise en place d’une "union de la sécurité" . Unité de vues, donc.

En concertation avec la Belgique, la présidence néerlandaise du Conseil de l’Union a convoqué, jeudi après-midi, une réunion extraordinaire des ministres européens des Affaires intérieures et de la Justice. Dont, à vrai dire, outre une manifestation de solidarité envers la Belgique, on ne sait pas ce qu’il sortira de concret, sur le plan opérationnel.

Des progrès, hélas insuffisants

L’Europe étant ce qu’elle est, passer des paroles aux actes dans la lutte contre le terrorisme ne s’effectue pas en un claquement de doigt, ni sans accroc. "Le travail avance", assure cependant un diplomate européen : "Au sein d’Europol, on a mis une place un centre de contre-terrorisme, en janvier 2016, pour l’échange d’informations judiciaires, pénales et sur les enquêtes." Des progrès ont également été accomplis pour ce qui concerne l’alimentation du Système d’information Schengen (SIS) - qui permet notamment aux Etats membres de signaler les personnes recherchées, disparues ou interdites d’entrée dans l’espace de libre circulation, ainsi que les documents ou véhicules volés. "Mais cela n’a hélas pas suffit à empêcher cette cellule terroriste de commettre les attentats de mercredi", regrette la même source.

A cette aune, rappelant que les auteurs des attaques de Bruxelles étaient connus des services de police, le commissaire aux Affaires intérieures Dimitris Avramopoulos a souligné la nécessité absolue pour les Etats membres de "se faire confiance" afin de "coopérer davantage et échanger informations et renseignements". La création d’une agence européenne du renseignement reste du domaine du fantasme, mais la collaboration entre services secrets peut être améliorée, estime encore la Commission. "Cela ne se fait pas, pour des raisons qui m’échappent, alors que c’est l’évidence", a déploré M. Juncker. "Il y a beaucoup d’échanges entre services secrets, défend le diplomate, mais dans la discrétion absolue."

La pomme de discorde du PNR

Par ailleurs, plusieurs autres instruments de l’arsenal européen de lutte contre le terrorisme restent toujours coincés dans le tuyau législatif. A commencer par le fameux Passenger name record (PNR) européen collectant les informations sur les passagers aériens qui entrent et sortent dans l’Union. Manuel Valls n’a de cesse d’inviter, fermement, le Parlement européen à adopter la proposition de directive déposée… en 2011. Mais bien que la Commission, le Conseil et le Parlement soient parvenus à un accord politique sur les contours du PNR, en décembre 2015, le sujet n’a toujours pas été mis à l’agenda de la plénière du Parlement.

Les eurodéputés libéraux-démocrates et de gauche renvoient la balle dans le camp des Etats membres : ils attendent que le Conseil adopte sa position sur un sujet connexe, celui de la directive sur la protection des données personnelles. Dans l’actuel contexte, "cette position est difficile à comprendre", juge la source diplomatique.

Le PNR n’est pas le seul dossier en attente. Dans les questions de sécurité, la Commission intervient en seconde ligne derrière les Etats membres, dont c’est la prérogative. Elle ne se prive pas, néanmoins, de leur rappeler qu’elle a fait sa part de travail et attend qu’ils fassent le leur. "Tous les éléments constitutifs de l’union de la sécurité ont été proposés par la Commission", a affirmé Jean-Claude Juncker, qui prie les Vingt-huit d’adopter sans délai le "paquet frontière" de l’exécutif européen comprenant notamment la création d’un corps de garde-frontières européens et la mise en place de contrôles systématiques des citoyens de l’UE aux frontières de l’espace Schengen. Les Vingt-huit doivent aussi valider la proposition sur le trafic d’armes. "Sans céder aux lobbies", glisse le Luxembourgeois.