évasion

La Belgique terre d’accueil des grandes fortunes, françaises pour les plus visibles. Voire un paradis fiscal pour les riches, dénoncé régulièrement à gauche de la gauche. Et bien, le phénomène mis récemment en lumière par l’arrivée fracassante sur notre sol de "people" comme Bernard Arnault, grand patron du luxe, ou Gérard Depardieu, acteur haut en couleurs, reçoit un accueil plutôt mitigé, d’après le coup de sonde effectué par Dedicated en marge du Baromètre politique La Libre/RTBF/Dedicated. Outre les 20 % de sondés qui n’ont guère d’avis sur la question, les Belges se divisent presque à équivalence entre les favorables et les défavorables à ces exils visiblement fiscaux. Avec un léger avantage à ceux qui voient cela plutôt d’un bon œil. Nous verrons pourquoi. Au niveau national, 44 % des sondés se disent "tout à fait" ou "plutôt favorables" à l’arrivée des exilés fiscaux. Pour 36 % de "plutôt" ou de "tout à fait" défavorables.

Une nouvelle fois, des différences d’appréciation sont signalées selon la région d’origine des personnes interrogées. Ainsi, les "tout à fait favorables", sont-ils moins nombreux (12 %) en Flandre qu’en Wallonie (23) et à Bruxelles (22). Pour des totaux de respectivement 39, 51 et 55 % d’opinions positives par rapport à l’arrivée des exilés fiscaux. Ce qui n’est pas une surprise pour Marc Dumoulin, administrateur délégué de Dedicated. "C’est très classique, note-t-il. Le nationalisme flamand ne date pas d’hier. Et n’oublions pas que pour beaucoup de francophones, l’exil est associé aux Français, qui peuvent s’installer à Bruxelles ou en périphérie bruxelloise, participant à la tâche d’huile " Bref, le signe d’une société flamande craintive, moins ouverte sur l’extérieur. Nuançons : l’ampleur de ces différences n’est toutefois pas spectaculaire non plus. Marc Dumoulin est plutôt interpellé par le "halve en halve" de l’accueil réservé par les Belges aux exilés : "en général, lorsque l’on teste des notions d’ouverture à des populations extérieures, le Belge est plutôt très accueillant. Ici la tendance est balancée, il n’y a pas une adhésion franche." Et le sondeur de constater que son panel a très bien compris les motivations réelles de ces exilés. "On ne vient pas en Belgique parce que l’herbe y est plus verte ni parce qu’on y blanchit plus facilement l’argent sale", commente-t-il.

La liberté de mouvement affirmée

Comme l’indique notre infographie, le grand débarquement fiscal est en effet directement associé à une faiblesse présumée de l’imposition sur les hauts revenus en Belgique. Du moins pour la moitié des sondés. On notera que 23 % d’entre eux estiment que les contrôles fiscaux sont moins performants en Belgique qu’ailleurs. "On constate par ailleurs que c’est bien la fiscalité sur le revenu qui est pointée, seuls 10 % pensant aux droits de succession", note Marc Dumoulin. Ajoutons que les pourcentages relatifs à la taxation du capital sont relativement faibles.

Dedicated Research a également interrogé son panel sur les conséquences de l’installation de ces exilés fiscaux en Belgique. Au rayon conséquences positives, 46 % des sondés estiment "qu’ils sont libres de s’installer où ils veulent du moment qu’ils payent leurs impôts dans le pays où ils s’installent". En ordre d’importance voici les autres motifs de satisfaction exprimés : les revenus fiscaux supplémentaires pour l’Etat belge, l’injection d’argent supplémentaire dans l’économie nationale, l’investissement et la création d’activité économique. En outre, 27 % des sondés veulent souligner qu’il est normal de chercher à payer le moins d’impôts possible et 15 % d’entre eux relèvent que nos exilés sont souvent des gens de valeur ou de talent qui constituent un "plus" pour le pays.

Au rayon "conséquences négatives", près de 30 % des personnes interrogées pointent le fait que les exilés "ne résident en général pas vraiment en Belgique et n’y dépensent presque rien". Deuxième préoccupation : la hausse des prix de l’immobilier. Un cinquième des sondés considère qu’il est normal de payer des impôts en fonction de ses revenus et que les exilés "trichent avec leur pays d’origine". Seuls 10 % pointent une menace sur des emplois qui pourraient être occupés par des Belges. Un sentiment légèrement plus répandu en Wallonie qu’en Flandre.