Un jeune Afghan, R. D., sera expulsé mardi matin, a-t-on appris lundi soir auprès du Cire (Coordination pour réfugiés et étrangers) et de son avocate. L'homme est âgé de 28 ans. Il est isolé et se trouve en Belgique depuis sept ans. Il est détenu en centre fermé depuis le 22 septembre. L'annonce de cette expulsion a d'ores et déjà suscité des réactions politiques. A la veille de Noël, à la suite d'actions menées par des Afghans résidant en Belgique, le premier ministre, Elio Di Rupo, et la secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, Maggie De Block, avaient invité les Afghans qui le souhaitaient à réintroduire une demande devant le Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides (CGRA).

Le ton était monté dans la majorité sur ce dossier. Le sénateur Philippe Moureaux (PS) avait comparé la politique menée par Mme De Block à celle de Rogers Nols, ancien bourgmestre bruxellois connu pour ses accointances avec l'extrême-droite.

La semaine passée, M. Moureaux avait appelé au calme dans ce dossier à la suite de ces déclarations pour permettre à la secrétaire d'Etat de trouver des solutions dans ce dossier.

"La nouvelle expulsion d'un Afghan ressemble fort à une déclaration de mépris pour ceux qui espéraient un geste d'apaisement dans ce dossier", a-t-il lancé lundi soir sur Twitter. "Désespérant", a renchéri la sénatrice Ecolo Zakia Khattabi (qui avait voulu interpeller Elio Di Rupo le 10 janvier dernier sur la question, lire l'article à ce sujet.)

Selon l'avocate Mieke Byttebier, R.D. n'avait pas introduit de nouvelle demande depuis l'annonce de M. Di Rupo et Mme De Block mais cela devrait être fait mardi.

Dans les rangs des défenseurs des demandeurs d'asile, le ton était également à l'indignation. "Je trouve cela extrêmement interpellant et désespérant. Ce week-end, un attentat a été commis à Kaboul qui a fait 21 morts. Cela montre, si besoin était, le niveau d'insécurité en Afghanistan", a souligné la directrice du Cire, Fred Mawet.

Mme Mawet s'est interrogée sur la décision du CGRA: le commissariat a reconnu que R.D. venait d'une zone dangereuse mais a considéré qu'il pouvait s'installer ailleurs.

"Comment peut-on être sûr, dans un pays ravagé par 32 ans de guerre, de la capacité à se réinstaller ailleurs? Dans ce cas, à tout le moins, il faudrait appliquer le principe de précaution", a-t-elle ajouté.