L’heure des mauvaises nouvelles approche à l’armée. Côté francophone, il sera très probablement question des fermetures des quartiers militaires de Nivelles et Tournai.

Fin juin, le gouvernement validait la vision stratégique de la Défense. Celle-ci prévoit notamment la diminution du personnel militaire de 32 000 à 25 000 membres (équivalents temps plein) à l’horizon 2030, entraînant son lot de fermetures de casernes, de réorganisations internes et de fusions d’unités.

Le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), a formulé à cet égard une proposition au gouvernement.

Ce plan directeur (puisque c’est son nom) se fonde sur le travail préparatoire de l’état-major de l’armée effectué en tenant compte des équilibres géographiques et démographiques. Selon nos informations, aucune des bases majeures de l’armée ne ferma ses portes, à l’exception de celles de Coxyde et Tielen.

"Nous voulons absolument éviter les grands déplacements de population, comme cela s’est peut-être passé précédemment, a voulu rassurer M. Vandeput, mercredi, en commission de la Défense du Parlement fédéral. Je veux souligner que je n’ai pas pour ambition de fermer quoi que ce soit."

Pas de grand chambardement

Les propos du ministre confirment ceux tenus ces derniers mois par des sources gouvernementales et militaires indiquant que l’armée ne vivra plus de grand chambardement comme à l’époque du plan de transformation 2009-2014 de l’ancien ministre de la Défense, Pieter De Crem (CD&V).

Côté francophone, il paraît quasiment acquis que les principales bases seront maintenues. Essentiellement celles de Marche-en-Famenne, Flawinne, Florennes, Beauvechain, Arlon, Spa et même Eupen. En revanche, les craintes des députés PS Stéphane Crusnière et Paul-Olivier Delannois, qui interrogeaient mercredi le ministre à la Chambre, semblent justifiées.

D’une part, la pharmacie militaire de Nivelles fermera très certainement ses portes. Ses tâches de production et de stockage de médicaments seraient alors externalisées et donc confiées à un acteur privé. D’autre part, le centre de formation logistique de Tournai devrait être relocalisé à Peutie (Vilvorde, au nord de Bruxelles).

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Les hélicos vers Ostende

De son côté, le quartier de Bastogne devrait être définitivement abandonné par la Défense. Depuis le plan De Crem, il ne se résume déjà plus qu’à un simple hangar accueillant des pièces de collection du musée royal de l’Armée.

En Flandre, la saignée risque d’être plus douloureuse.

La base aérienne de Coxyde est dans le viseur du ministre et de l’état-major. Les hélicoptères de sauvetage en mer qu’elle accueille, seraient relocalisés à l’aéroport civil d’Ostende. L’idée de créer un musée de l’Air à Coxyde en y expédiant les collections du musée de l’Armée, c’est du "bla-bla", assure un connaisseur du dossier.

L’autre grosse fermeture attendue au Nord serait celle du quartier de Tielen où est basé le 3e bataillon de parachutistes. Plusieurs centaines de militaires sont concernés.

Le centre logistique d’Ypres, l’orchestre de la force aérienne à Berlare ou encore le centre de contrôle du trafic aérien militaire de Semmerzake fermeront aussi leurs portes.

Concernant Semmerzake, l’idée serait de confier la tâche à Belgocontrol, déjà en charge du trafic aérien civil.

Le plan directeur du ministre Vandeput va maintenant être discuté au gouvernement. Il devrait être approuvé sans trop de difficulté par le MR, seul parti francophone de la majorité. C’est surtout entre les partenaires flamands (N-VA, CD&V et Open VLD) que le débat sera vif.


Le SLFP Défense déplore être mis de côté

Le SLFP Défense déplore jeudi que le plan de l'état-major sur les quartiers généraux visant à rationaliser les structures d'appui de l'armée ne lui ait toujours pas été présenté. Hier/Mercredi, le ministre de la Défense Steven Vandeput avait confirmé à la Chambre que les implantations militaires de Nivelles (pharmacie) et Tournai (formation) étaient au coeur de ces discussions. Le syndicat militaire souhaite que l'on veille à la garantie d'une répartition géographique correcte sur l'ensemble du territoire. "La future répartition géographique de la Défense sera réalisée en tenant compte de plusieurs facteurs dont les dispositions de la Vision stratégique, l'accord de gouvernement, le bien-être du personnel et les décisions politiques prises au sein du gouvernement", a souligné le ministre, rappelant que la Vision stratégique de la Défense, présentée en juin dernier, courait jusqu'à 2030 et que dès lors l'élément démographique n'était pas à négliger. "Il faut éviter les grands transferts de personnel", a-t-il dit.

Le SLFP Défense réagit jeudi en s'opposant à "toute fermeture de quartier avec pour conséquence des problèmes pour nos militaires et leur famille". "Ils méritent mieux que cela !", insiste le syndicat, qui souhaite "éviter un drame humain".


Rudy Demotte s'oppose à un départ de l'armée à Tournai

Le bourgmestre empêché de la Ville de Tournai, Rudy Demotte s'est opposé à une fermeture éventuelle de la caserne militaire Ruquoy à Tournai. "Délocaliser la caserne Ruquoy : c'est porter un coup à l'économie de toute une région", martèle Rudy Demotte. Plus de 400 militaires sont attachés à la caserne tournaisienne, centre de formation logistique reconnu, intégré au centre de compétence Appui. Depuis plusieurs mois, le député fédéral Paul-Olivier Delannois (PS), par ailleurs échevin délégué à la fonction maïorale à Tournai, ne cesse de questionner le gouvernement fédéral sur l'avenir de la caserne militaire Ruquoy mais il n'obtient pas de réponse.

Selon les dernières informations, une fermeture semble à l'ordre du jour. "L'inquiétude du personnel militaire est grande et légitime", estime Rudy Demotte, opposé à cette fermeture. "Plus de 400 militaires sont attachés à la caserne tournaisienne, centre de formation logistique reconnu, intégré au centre de compétence Appui. Quelque 200 familles vivent à Tournai ou alentours. A travers les formations résidentielles, près de 3.000 à 3.500 militaires participent à la vie locale. Tournai accueille une présence militaire depuis 1830, cette présence historique a toujours été gage d'un dynamisme économique. Décider de délocaliser les activités de la caserne Ruquoy, adaptée, rénovée, c'est porter un coup certain à l'économie de toute une région mais c'est aussi délibérément fermer la dernière caserne bilingue du pays", considère Rudy Demotte.

Un transfert des lieux de justice vers Mons inquiète aussi les autorités communales tournaisiennes, soutenues par les autres communes de Wallonie picarde. Un transfert serait aussi un coup pour l'économie locale.