Dis, c'est quand qu'on va où ? À la veille du week end, après une semaine folle, folle, folle, il est pratiquement impossible de dire quel sera l'avenir politique. C'est le Bronx. Au Nord, des membres influents du cartel n'hésitent plus à prédire la mort de l'orange bleue : curieux, car si l'expérience tourne court, c'est bien parce que CD & V et N-VA re-exigent d'obtenir la garantie d'une substantielle réforme de l'Etat avant la formation du gouvernement. Au Sud, les partis francophones se déchirent sur le point de savoir si les derniers événements politiques ont scrupuleusement suivi un scénario rédigé par les négociateurs de l'orange bleue. Bref, c'est la ca-co-pho-nie dans toute sa splendeur. Comme on dit sur les bords de Meuse : keen affair !

Pourquoi les choses se recompliquent-elles ? On avait le sentiment qu'après le vote-agression des partis flamands en commission de l'Intérieur, les partenaires de l'orange bleue avaient quand même réussi à limiter les dégâts. Les Flamands avaient leur symbole, les francophones obtenaient que le dossier BHV soit neutralisé pour au moins un an et que la problématique institutionnelle soit confiée à un groupe de Sages présidé par les présidents de la Chambre (Herman Van Rompuy, CD&V) et du Sénat (Armand De Decker, MR). Tel était le sens du communiqué diffusé après l'entrevue entre Yves Leterme et le chef de l'Etat, lequel n'avait pas trouvé la formule sous sa couronne, mais bien dans les contacts que son entourage avait eus avec les présidents de parti. Donc, tout le monde semblait content.

Pourquoi le MR est-il si dur à l'égard d'Yves Leterme ? Jeudi, voulant tuer l'hypothèse d'une grande manipulation, le président du MR durcissait le ton, déclarait les négociations arrêtées et jugeait le formateur incapable jusqu'ici de se porter au-dessus de la mêlée. Un avis repris et amplifié, vendredi par Olivier Maingain. Une nouvelle provocation ? "Il ne faut quand même pas inverser les rôles, dit un libéral, la pire agression, c'est quand même les Flamands qui l'ont portée mercredi. Et tout ce qui arrive, c'est bien parce qu'Yves Leterme est incapable de maîtriser son parti et la N-VA".

Pourquoi le cartel durcit-il le ton ? Si, jeudi, le cartel flamand se réjouissait de la mise sur pied d'une commission, symbole d'"une accélération des travaux institutionnels", vendredi, il exigeait à nouveau la garantie d'une réforme de l'Etat avant la conclusion d'un accord gouvernemental. Il est clair que la mise sous la tutelle de deux "Belgicains" (De Decker et Van Rompuy) de la réforme de l'Etat passe mal chez les durs du CD & V. Sans parler de la N-VA, qui tient ce samedi un conseil. La musculation de vendredi devrait aider Bart De Wever à passer le cap de ce conseil. Après ? "Ce n'est pas du bluff, certifie un CD & V : sans réforme de l'Etat, pas d'orange bleue". Le problème est que l'on ne sait pas très bien qui décide dans ce parti.

Et le VLD ? Là, on s'accommode des derniers arrangements. "On peut vivre avec le fait que le communautaire soit piloté depuis les Assemblées, assure un libéral flamand - conscient que le curseur communautaire est placé d'abord et avant tout par le cartel CD&V/N-VA. "Mais il nous faudra tout de même des garanties de résultats au niveau de l'accord de gouvernement, poursuit ce négociateur. Il faut que les francophones comprennent qu'on ne fait pas de communautaire juste pour le plaisir de faire du communautaire. Il en va du bien être des Communautés et pas seulement de la Région flamande".

A quand le grand machin ? Vendredi, il y a eu de multiples contacts. Entre Yves Leterme et Joëlle Milquet. Entre Armand De Decker et Herman Van Rompuy (encadré de Jo Vandeurzen et d'Yves Leterme) pour préparer l'installation du comité des Sages. Les 8 présidents de parti défileront ce samedi au Sénat, lieu de dialogue (la Chambre symbolise plutôt l'affrontement...) pour détailler leurs préférences. On sait déjà que le PS y enverra... son président, Elio Di Rupo. Sans accroc, ce machin pourrait se mettre en place dès la semaine prochaine. Ce serait donc cela le signe de confiance et de respect réclamé par Didier Reynders pour revenir à la table des négociations.

Prétendre que toutes les difficultés sont aplanies serait exagéré. La clé de l'énigme se trouve au sein du cartel. S'il exige un accord sur la réforme de l'Etat, avant toute constitution du gouvernement ("une demande sans objet" rétorque le CDH, vendredi soir) , il condamnera... Yves Leterme à un échec certain.

Le MR a-t-il un plan B ? Mais cet échec d'Yves Leterme, n'est-ce pas, finalement, ce qu'attend le MR, désireux de re-lancer son pur-sang dans la course au 16, Didier-le-magnifique, comme certains le surnomment ? Impossible ! Le CD & V ne lâchera jamais le poste de Premier ministre. Sauf s'il y a un changement autour de la table et si le CDH est remplacé, par exemple, par le PS. Hein ? Avec quoi tu viens, maintenant. T'as pas vu le PS qui attaquait violemment le MR, vendredi à la Communauté, l'accusant de toutes les vilenies, de traître à la cause des francophones ! Non, c'est impossible... Impossible.

L'imagination des stratèges est parfois sans limites...