Rude journée, jeudi, pour Bernard Wesphael, accusé de la mort de sa femme. Les experts (médecins légistes, experts en fibres et toxicologues) désignés par la juge d’instruction, Christine Pottiez, pour déterminer les causes du décès de Véronique Pirotton ont présenté aux jurés leurs conclusions. Ils sont formels et unanimes : la victime est décédée de mort violente; il ne peut s’agir d’un suicide par médicaments. Les deux autopsies ont notamment révélé un hématome à la paupière droite, des ecchymoses, des hémorragies dans le larynx et le foie, des lésions traumatiques récentes (qui ont moins de 7 heures), l’impression des dents sur la muqueuse de la bouche… Ils relèvent aussi la présence de lésions de défense sur les mains de la victime, ce qui accrédite pour eux la thèse d’une violente dispute conjugale. Les experts concluent "à une mort par asphyxie ou par suffocation causée par des tiers et considérée comme un étouffement".

Mascara, fond de teint et fibres

Les examens des fibres sont tout aussi accablants. Les experts de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC) ont scruté les traces retrouvées dans la chambre 602. Sur l’oreiller gauche du lit - le côté de l’accusé - , il y avait des traces compatibles avec du maquillage - mascara et fond de teint. Parallèlement, on a retrouvé 14 fibres de polyester de cette taie sur le visage de la jeune femme, ce qui indique un transfert croisé.

Ce que cela signifie ? "Ces résultats soutiennent que, peu avant sa mort, la victime a eu un contact intense avec l’oreiller gauche", explique un expert. C’est-à-dire une pression plus forte qu’une tête posée, précise-t-il. Sans aller jusqu’à conclure qu’il y a eu étouffement.

Le président Morandini se tourne vers l’accusé : comment explique-t-il la présence de ces fibres sur le visage de la victime ? Bernard Wesphael : "Elle a eu de nombreux contacts avec le coussin au moment de l’accident" - l’accident ? Il corrige aussitôt : "… des faits qu’on me reproche". Il se crispe un peu : "Si vous me demandez si j’ai utilisé ce coussin à des fins d’étouffement, c’est non." Le magistrat insiste : pourquoi a-t-on retrouvé ces fibres ? La question semble énerver l’accusé. "Je ne peux pas inventer des choses que je ne connais pas. Moi, j’ai constaté qu’elle n’avait pas un oreiller sur la tête mais un sachet en plastique."

Bataille en règle des experts

Une bataille - en règle - a suivi jeudi soir à l’audience entre experts en médecine légale. Les conseillers techniques de la défense soutiennent une overdose par alcool et médicaments. Que le médecin légiste Hubert Flore, piqué au vif par cette contre-expertise dont il conteste l’objectivité, réfute point par point. Par une démonstration magistrale. Soit, retenons l’intoxication médicamenteuse, dit-il. Il y a alors deux hypothèses : le suicide ou l’accident. La première ne tient pas la route : si on veut se suicider, on ne prend pas 6 comprimés mais 60 et on ne le fait pas avec quelqu’un dans la même pièce, qui peut vous sauver. Reste l’accident. Véronique Pirotton serait"apparemment" tombée en arrière dans la salle de bains, dit-il. Mais dans ce cas, comme ce n’est pas un suicide, pourquoi et comment ce sachet en plastique est-il arrivé sur le visage de la victime ? Bonne question.


Après une semaine de procès, la défense a marqué des points

La première semaine du procès de Bernard Wesphael s'est terminée jeudi soir avec l'audition des experts en médecine légale. Après quatre jours de débats, parfois intenses, la défense de Bernard Wesphael semble avoir marqué des points.

Jeudi, pour la première fois, un expert désigné par le juge d'instruction n'a pas nié l'hypothèse d'une intoxication accidentelle alcoolo médicamenteuse. Pour la défense qui soutient cette thèse, c'est une première grande victoire. A la sortie de l'audience, jeudi à 23h00, Me Jean-Philippe Mayence ne cachait pas sa satisfaction. L'avocat carolorégien et son confrère bruxellois, Me Tom Bauwens, travaillent depuis trois ans sur ce dossier afin d'obtenir l'acquittement de leur client, accusé du meurtre de son épouse, après avoir été inculpé d'assassinat durant dix mois.

Lundi, premier jour du procès, Me Mayence avait lu un acte de défense qui répondait du tac au tac à l'acte d'accusation lu plus tôt par l'avocat général. Trente-huit pages critiquant la presse, la juge d'instruction, les policiers et les experts désignés par le magistrat instructeur, tous accusés d'avoir mené une enquête "à charge" de son client qui comparait libre à son procès, bien encadré par son clan.

Interrogé une première fois par le président de la cour d'assises, Bernard Wesphael ne s'est pas laissé démonter lundi. Très calme, il a raconté sa version des faits et répété, à plusieurs reprises, qu'il n'avait pas tué Véronique Pirotton dans la chambre 602 de l'hôtel Mondo à Ostende, le 31 octobre 2013. Poussé dans les cordes par l'avocat général ou le conseil des parties civiles à cause de ses nombreuses contradictions, l'ancien parlementaire s'est contenté de botter en touche, prétendant ne pas se souvenir. Mais généralement, Bernard Wesphael avait réponse à tout et semblait même diriger la reconstitution des faits.

Pendant quatre jours, la juge d'instruction Christine Pottiez et les policiers d'Ostende et de Bruges sont venus exposer leurs travaux, occasionnant de longs délais de traduction de procès-verbaux. Du jamais vu pour Me Mayence qui n'a pas hésité à épingler l'enquête et la juge d'instruction. Celle-ci aurait délivré un mandat d'arrêt pour "assassinat" trop rapidement à son goût car la thèse de l'intoxication d'alcool et de médicaments n'était pas encore écartée étant donné que l'autopsie n'avait pas encore été réalisée.

La journée de jeudi, a été le théâtre d'une interminable bataille entre médecins légistes et toxicologues. Pour les experts désignés par la juge d'instruction, la mort de Véronique Pirotton fut très violente et il a fallu l'intervention d'un tiers. Pour les conseillers techniques de la défense, le décès est la conséquence d'une intoxication alcoolo médicamenteuse accidentelle. Pour la première fois, jeudi soir, un expert de l'instruction n'a pas exclu cette hypothèse, du bout des lèvres.

Après une semaine de débats, le doute plane toujours sur les évènements qui se sont produits dans la chambre 602 entre 20h41 et 22h58, et ce doute profite à la défense. Mais du côté de l'accusation et de la partie civile, on reste convaincu que la mort de Véronique Pirotton ne fut pas accidentelle et à l'évidence toutes les cartes n'ont pas été dévoilées lors de cette première semaine de procès.

Lundi, la cour d'assises entendra un couple britannique qui occupait une chambre voisine de la 602 le soir du drame. Ensuite, le juge d'instruction et les policiers seront encore entendus. Dès mardi, les témoins des faits et de moralité viendront témoigner durant trois ou quatre jours. Oswald D., qui fut l'amant de Véronique Pirotton, est particulièrement attendu. Le psychologue a joué un rôle particulièrement trouble dans ce triangle amoureux.