Les patients qui ont le dos coincé devront-ils d’abord se rendre chez leur généraliste avant une visite chez l’ostéopathe ? Le débat mis entre parenthèses depuis deux ans vient d’être relancé par la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD), qui est sur le point de modifier la loi en ce sens. Ce qui fait bondir la profession : les ostéopathes refusent d’être soumis à la prescription médicale préalable.

Comme l’acupuncture, l’homéopathie et la chiropraxie, l’ostéopathie fait partie des médecines dites "non conventionnelles" qui ont été encadrées depuis 1999 par une loi - la loi Colla, du nom du ministre de la Santé à l’époque. Mais la profession n’est toujours pas reconnue par les autorités belges. Elle était en passe d’obtenir un statut légal sous la précédente législature. La ministre de la Santé de l’époque, Laurette Onkelinx (PS), proposait de reconnaître l’ostéopathie neuro-musculo-squelettique comme une pratique à part entière, notamment en renforçant la formation des futurs ostéopathes. Mais cette proposition avait alors été bloquée par Alexander De Croo, vice-Premier ministre Open VLD de l’époque, ce qui avait suspendu le processus d’indépendance de l’ostéopathie.

Maggie De Block - qui a succédé à Laurette Onkelinx - a repris le flambeau. Début février, elle faisait part aux représentants des ostéopathes de son intention d’encadrer le recours à l’ostéopathie et de le soumettre à une prescription médicale. Elle a confirmé son intention ce jeudi à la Chambre. "C’est un retour en arrière, a déploré l’ex-ministre Onkelinx. Mme De Block est en train de détricoter tout ce que nous avions mis en place pour protéger le titre d’ostéopathe. C’est un blocage corporatiste des libéraux que je regrette."

La première ligne

Les ostéopathes sont inquiets. Le président de l’union professionnelle des ostéopathes de Belgique, Frédéric Burnotte, regrette "un protectionnisme peu compréhensible " qui empêche les professionnels d’exercer librement. "En réservant le diagnostic à la profession médicale, le champ de compétences et l’autonomie de notre profession vont se réduire", se désole Jean Ruwet, président de l’Union belge des ostéopathes (UBO).

Depuis quarante ans, les ostéopathes ont la possibilité d’exercer en première ligne et donc sans prescription médicale. Un consensus en ce sens avait été dégagé par la chambre d’ostéopathie (créée dans le cadre de la loi Colla), où siègent à la fois des médecins et des ostéopathes. "Tout avait été discuté, explique Frédéric Burnotte. Chacun a mis de l’eau dans son vin pour obtenir un accord sur le cadre de la profession. Mme De Block vient balayer d’un revers de la main les trois années de réunions."

Si la ministre De Block refuse de s’exprimer parce que "les discussions sont toujours en cours", les ostéopathes organisent déjà leur défense. Dans une pétition qui a déjà récolté 24 000 signataires, ils réclament la reconnaissance officielle des ostéopathes comme professionnels indépendants.

Doute sur l’efficacité

Derrière cette volonté d’encadrer davantage la profession, celle-ci voit le doute persistant sur l’efficacité du traitement ostéopathique. Malgré la mise sur pied en 2004 d’un cursus universitaire de six ans à l’ULB, la discipline peine à légitimer sa fiabilité. Pour certains, la satisfaction du patient ne semble pas suffisante et le nombre d’études cliniques sur son efficacité reste limité. "Selon le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), les preuves scientifiques de l’amélioration de l’état de santé des patients après certains actes des ostéopathes sont faibles", indique-t-on au cabinet De Block. Seules les interventions au niveau de la nuque et du dos montrent des résultats scientifiquement probants ("evidence-based medecine" ou "médecine prouvée par les faits"). La ministre voudrait donc limiter la reconnaissance de la pratique à ces deux parties du corps.


Repères

L’ostéopathie est une approche thérapeutique non conventionnelle des pathologies, qui repose sur l’idée que des manipulations manuelles du système musculo-squelettique et myofacial permettent de soulager certains troubles fonctionnels.

Une séance coûte entre 40 et 60 euros. Les frais ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale et Maggie De Block n’y songe pas. Mais les mutuelles ont intégré l’ostéopathie dans leur assurance complémentaire. Leur intervention s’élève à 10 euros par séance, avec un minimum de cinq séances et un maximum de dix. V.R.