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L'ultime 8 mai de combat

Christian Laporte

Publié le - Mis à jour le

Le destin aura voulu qu'Arthur Haulot ait fait sa dernière sortie publique, le 8 mai dernier à la Colonne du Congrès et au Sénat lors des cérémonies marquant le 60e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une sorte d'au revoir solennel à ses anciens camarades des camps et à tous les combattants. Et en même temps un point final à une vie de militantisme au service des droits de l'homme qui n'aura pas été vaine: le Sénat vient de voter, la semaine dernière, une résolution demandant de faire du 8 mai, une Journée de la mémoire en souvenir de tous les combattants des idéologies totalitaires et va demander au gouvernement fédéral d'appuyer cette démarche.

Deux jours plus tard, sans doute encore sous le choc de l'émotion mais aussi parce que les conditions atmosphériques avaient été difficilement supportables pour les rescapés de la Seconde Guerre mondiale, il était hospitalisé avant de s'éteindre, entouré de l'affection des siens et de ses amis qui se sont relayés à son chevet pour le veiller.

Ce dernier combat, Arthur Haulot qui avait été fait baron par le roi Baudouin avait voulu le mener jusqu'à son terme. Constatant avec ses amis du Groupe Mémoire que les autorités politiques semblaient manifester moins d'ardeur que pour le cinquantenaire de la fin de la guerre, il tenait absolument à ce que les cérémonies marquent aussi le passage du témoin entre la génération de la guerre et la jeunesse actuelle. Un leitmotiv qui avait déjà été le sien, il y a dix ans, lorsqu'il avait mis sur pied un grand rassemblement intergénérationnel à Forest-National. Entre-temps, tant que ses forces physiques le permettaient, il allait témoigner dans les classes de ce qu'il avait vécu dans l'enfer des camps. Moins pour se mettre en vedette que pour inciter les jeunes à ne pas baisser les bras devant le retour des vieux démons. C'est aussi dans cette optique qu'avec ses amis du Groupe Mémoire qui réuni les anciens prisonniers politiques mais aussi raciaux, il avait lancé une campagne pour faire interdire les partis extrémistes parce qu'ils étaient en infraction avec la convention universelle des droits de l'homme.

Très attaché à la Belgique, Arthur Haulot tout comme le Dr Wynen et d'autres encore ne pouvait supporter que l'on puisse vouloir la mort de son pays dans les hémicycles parlementaires. Mais comme on le lira par ailleurs, Haulot ne limitait pas son combat à sa seule terre natale: on le vit aussi participer à l'opération «Causes communes» et il répondait présent dans toutes les mobilisations où les droits humains étaient en péril. Son parler franc ne lui valut pas que des amis, mais son mérite aura été d'avoir été fidèle jusqu'au bout aux grands principes humanistes dans le respect des convictions de chacun.

© La Libre Belgique 2005

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