L’émotion était forte mercredi à l’Institut de la Vierge Fidèle à Schaerbeek où les élèves ont rendu hommage aux victimes. Reportage Louise Vanderkelen

Le silence était de mise mercredi matin à l’Institut de la Vierge Fidèle à Schaerbeek. Tous les élèves ne sont pas présents au lendemain des attentats. Certains sont partis, tant bien que mal, en voyage de classe, d’autres ne se sont pas présentés à l’école. "Mardi, nous avons reçu énormément d’appels de parents inquiets. Aujourd’hui, le manque de transports en commun mais aussi l’angoisse des parents expliquent le nombre d’absents", précise la directrice de l’établissement, Sophie Vinois.

Un recueillement empli d’émotions

Résultat: sur les 620 élèves du secondaire, seul un petit deux-tiers est à l’école ce mercredi. Une information qui vient confirmer la déclaration de la ministre de l’Education, Joëlle Milquet (CDH) selon laquelle un tiers des élèves des écoles de Bruxelles ont séché les cours. "Ce matin, onze élèves sur vingt-trois étaient en classe", raconte Isabelle Van den Bossche, professeur de français.

C’est dans le plus grand des calmes que les élèves du secondaire sont invités à rejoindre la grande salle d’étude de l’Institut. Vêtus de leur uniformes, ils prennent place, le visage fermé, dans cette salle qui sert habituellement aux fêtes et cérémonies. "Mardi, nous avons pu constater que ces événements les troublaient. Il est important de partager nos émotions dans ces moments particuliers. Les plus grands veulent débattre. Les petits sont plus dans l’émotion et la colère. Il m’est arrivé d’avoir des enfants qui fondent en larmes durant le cours", raconte, très émue, la professeur de français en se remémorant les attentats de Paris du 13 novembre 2015.

Sur la scène, les professeurs se succèdent et lisent des citations et des messages de paix. "Il faut aimer à tort et à travers. Nous n’aurons jamais de meilleures d’armes", peut-on lire sur un écran dans la salle. Quand vient le tour de la professeur de français, celle-ci ne termine pas sa phrase. Prise par l’émotion, elle ne peut réprimer quelques larmes. "Ce n’est pas facile de voir à quel point cela touche les élèves", confiera-t-elle plus tard.

Après la lecture de ces textes destinés à "remplacer la haine par l’Amour", les élèves observent une minute de silence. Dans la salle résonnait le célèbre titre "Ose" du chanteur français Yannick Noah. "Redonne à ce monde toutes ses couleurs."

Des messages de paix écrits à la craie

La directrice propose ensuite aux élèves qui le souhaitaient d’écrire une petite phrase ou de faire un dessin à la craie de couleur dans la cours de récréation afin de rendre hommage aux victimes et soutenir leur famille, à l’instar de ce qui se fait à la Bourse depuis mardi soir.

La poussière de craie macule progressivement les uniformes stricts couleur bleu marine. Mais c’est pour la bonne cause. En quelques minutes, le sol gris asphalte prend des couleurs.

Parmi les nombreux coeurs et signes "peace", on peut lire "Non au terrorisme", "Vive la paix!" ou encore "Soyons forts". Un petit peu plus loin "R.I.P. aux victimes" écrit en orange par Misaël, 13 ans. "L’avion de ma grand-mère s’apprêtait a atterrir à Bruxelles lorsque les attaques ont eu lieu. Elle est très chanceuse d’y avoir échappé", raconte le jeune garçon, entouré de ses camarades de classe.

Un groupe de cinq jeunes filles s'affaire autour d’une phrase: "La Belgique est petite mais elle est forte." Pour Judith, 13 ans, le simple fait d’écrire des messages de paix à la craie permet "de montrer au monde entier que nous sommes unis et que nous allons nous serrer les coudes, ensemble". L’exercice se clôture par les applaudissement des professeurs et de la directrice, visiblement tous émus.