Plus unanime que ça, tu meurs! Majorité et opposition, de la gauche à l’extrême droite, se sont prononcées mercredi matin en commission de l’Intérieur de la Chambre pour l’interdiction de la burqa sur la voie publique

Toutefois, on cherchera en vain une allusion directe à ce geste fort dans l’énoncé de la future loi qui parle de punir d’une amende de quinze à vingt-cinq euros (indexés) et/ou d’un emprisonnement d’un à sept jours les personnes qui, sauf règlements de travail ou manifestations festives prévues par ordonnance de police, se présentent dans les "lieux accessibles au public le visage masqué ou dissimulé en tout ou en partie, de manière telle qu’elles ne soient pas identifiables".

Une présentation qui a fait sortir Jean-Marie Dedecker de ses gonds: "au nom du politiquement correct ou du dogme absolu de la non-discrimination" a dit le président de la LDD, "on n’ose pas appeler un chat un chat; c’est bel et bien de l’interdiction de la burqa et du niqab qu’il s’agit".

A vrai dire, l’on n’avait pas besoin du coup de gueule du député ostendais pour identifier l’enjeu de la future loi qui découlera d’une proposition de loi du MR. Pour Corinne De Permentier, cette interdiction devrait permettre de "libérer la femme d’un fardeau" alors qu’"insistant sur le respect de la sécurité publique", Denis Ducarme parlait lui d’un "signal très fort aux islamistes".

Quant au PS, l’on se rappellera qu’il était favorable à l’inscription de l’interdiction de la burqa dans les règlements communaux à l’instar de ce qui existe déjà dans certaines communes dirigées par des bourgmestres socialistes. Néanmoins, grâce aux amendements retenus, les autorités locales pourront toujours infliger des amendes administratives (jusqu’à 250 euros) si le parquet ne poursuivait pas. C’est donc sans hésiter que le PS a rejoint la "large majorité autour d’une interdiction légale". Pour Eric Thiébaut, "la Chambre a fait le choix politique de refuser le symbole de l’abnégation de la femme". Une position sur laquelle il n’y a cependant pas eu d’unanimité.

Par contre, pas de problème non plus du côté du CDH qui avait lui aussi introduit une proposition de loi. Comme l’a expliqué Georges Dallemagne "le port de certains vêtements qui constitue une rupture fondamentale" par rapport au vivre ensemble. "Il n’y a pas eu de précipitation. Aujourd’hui, il est temps d’agir", a-t-il dit. L’élu centriste réagissait en fait aux propos de son collègue d’Ecolo Fouad Lahssaini.

En effet, s’ils se sont ralliés à l’interdiction et s’ils ont soutenu le texte, les députés écologistes n’ont pas caché tout au long du débat de mercredi leurs réserves à l’égard d’une proposition qui n’apporte pas, à leurs yeux, toutes les garanties en termes de sécurité juridique.

C’est ainsi que Zoé Genot a regretté qu’il n’y ait pas eu d’avis du Conseil d’Etat. Et d’appeler Saint-Nicolas à la rescousse pour mettre en exergue l’absence de balises qui ne permet pas de cibler l’objet de l’interdiction.

Se référant à un avis du Conseil d’Etat français, elle a insisté sur la nécessité de prendre des mesures proportionnelles. Son collègue Fouad Lahssaini a estimé qu’il fallait "éviter de confondre vitesse et précipitation. Si la vitesse est parfois nécessaire en démocratie, la précipitation est le porte-voix du populisme", a lancé l’élu Vert qui se demande si tout cela ne portera pas atteinte au vivre ensemble.

Un argument balayé par Bart Somers (Open VLD): "L’argument fondamental, ici, n’est pas la sécurité mais la défense d’un socle pour la société. Quand on oblige une femme à porter un vêtement, l’Etat de droit doit intervenir en envoyant un signal de solidarité"